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éditorial

Comment une gestion autonome s’est transformée du jour au lendemain en un monstre bureaucratique

Que font les parlementaires qui refusent d’appliquer l’initiative contre l’immigration de masse? Ils recourent à toutes sortes de combines. D’abord, ils multiplient les tentatives d’obstruction. Le mandat est pris au sérieux, dit-on et on ajoute qu’on examine le projet, qu’on y travaille beaucoup et qu’on négocie intensément avec l’UE: c’est par ces manœuvres dilatoires que le Conseil fédéral nous a fait attendre deux ans et demi.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a fini par être obligée de fournir quelque chose. Elle a choisi comme à son habitude la stratégie "beaucoup de vent pour rien". Son projet comprenait certes des plafonds annuels, des contingents, la préférence nationale et l’immigration dans les institutions sociales, mais uniquement à la condition que Bruxelles soit d’accord. L’UE a cependant refusé de négocier.

Entre-temps, les associations économiques, l’UDC, le PLR et le PDC ont développé un concept d’application avec plus de 50 propositions. C’est alors que le conseiller national PLR Fluri a recouru, à la surprise de tous, à une autre stratégie, celle des "belles paroles à la place d’actes". L’annonce facultative par les entreprises des places vacantes aux offices régionaux de placement (ORP) serait suffisante pour régler le problème. On a crié au miracle et on l’a baptisé "préférence nationale light". Mais il n’est pas si simple de tromper les citoyens. La situation était d’autant plus délicate que des élections étaient à la porte dans le canton d’Argovie. Le conseiller aux Etats PLR argovien Philipp Müller s’est donc servi à son tour dans la boîte à combines, la stratégie s’appelant alors "quand on ne peut pas vaincre l’adversaire, il faut essayer de semer la confusion". Par adversaire, Monsieur Müller entendait sans doute le peuple. Et d’ajouter vite fait à la proposition Fluri une obligation d’entendre les candidats à un emploi et de motiver leur éventuel refus. Et on a assorti cette obligation d’une amende de 40 000 francs en cas de désobéissance. Histoire de bien faire comprendre qu’on prend les choses au sérieux.

Heureusement que le PLR pouvait compter sur un autre parti admirateur de l’UE, le PS, pour joliment emballer le paquet. Qui remarquera encore que ce projet n’applique pas un seul élément de l’initiative, qu’il n’agit absolument pas sur l’immigration, mais qu’il constitue uniquement une intervention massive de l’Etat sur le marché du travail (notamment au détriment de la gastronomie, de l’hôtellerie et du bâtiment)? Si à l’avenir on continue d’engager à tour de bras de nouveaux immigrants UE via les ORP, cela ne semble gêner aucun parti politique sauf l’UDC. La stratégie de la confusion est à la fête. Mais le Conseil fédéral et les parlementaires auraient tort de se réjouir trop vite. Les prochaines élections viendront sûrement et jusqu’ici le peuple a toujours su s’imposer et garder le dernier mot – nonobstant toutes les astuces malhonnêtes.

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