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La souplesse du droit du travail suisse est en péril

Un marché du travail souple et libéral, dans lequel les partenaires sociaux définissent les conditions-cadres en assumant leur responsabilité pour l’emploi, a toujours été le principal atout de…

Un marché du travail souple et libéral, dans lequel les partenaires sociaux définissent les conditions-cadres en assumant leur responsabilité pour l’emploi, a toujours été le principal atout de l’économie suisse. L’initiative 1:12 et l’initiative pour des salaires minimaux, qui seront prochainement soumises au peuple, compromettraient gravement cet avantage. Il est d’autant moins compréhensible que même des milieux prétendument bourgeois admettent l’idée d’un contreprojet à l’initiative sur les salaires minimaux. Seul le piège de la libre circulation des personnes, dans lequel sont pris les partis du centre, peut expliquer cette tendance destructive.

L’initiative 1:12 et l’initiative sur les salaires minimaux permettraient à l’Etat d’intervenir directement dans la politique salariale du secteur privé. La liberté contractuelle entre employeurs et salariés appartiendrait ainsi à l’histoire. L’Etat définirait les salaires les plus bas comme les plus élevés. C’est dire aussi que la Suisse s’inspirerait de modèles économiques socialistes d’une époque depuis longtemps révolue. Une tendance fatale pour un pays qui doit défendre sa position dans le contexte d’âpre concurrence de ce 21e siècle. Il est inquiétant que même des milieux socialistes habituellement raisonnables acceptent que la Suisse devienne le terrain de jeu de jeunes gauchistes irresponsables. Faut-il rappeler que l’enjeu est, ni plus ni moins, un partenariat social acquis au cours de longues luttes et qui force les employeurs comme les salariés à se réunir autour de la même table pour trouver des solutions sensées et compétitives? C’est précisément ce modèle à succès qui, depuis des décennies, permet à la population suisse d’afficher les taux de chômage les plus faibles pour les travailleurs en général et les jeunes en particulier et de bénéficier d’un revenu moyen et d’une pouvoir d’achat exceptionnels au niveau international.

Pas de concessions inutiles
Il est d’autant plus étonnant de voir des milieux qui se disent bourgeois d’envisager d’opposer un contreprojet à l’initiative sur les salaires minimaux, donc de faire une concession aux initiateurs. Il est question de conventions collectives de travail imposées dans toute la Suisse et de « standards minimaux ». Un comportement inacceptable pour des partis politiques qui prétendent s’engager pour un modèle social et économique libéral. Les bonnes raisons de s’opposer à cette initiative nuisible ne manquent pourtant pas. Même le Conseil fédéral relève dans son message qu’« un salaire minimal garanti au niveau national par la loi menacerait le bon fonctionnement du marché du travail et l’emploi. L’intégration de certaines catégories de personnes aujourd’hui défavorisées en serait affectée. Certaines régions et branches seraient tout particulièrement touchées (trad.). »

Ces tactiques électoralistes de quelques représentants des partis du centre ont donc probablement d’autres motifs que le souci pour la place industrielle suisse. Ces personnes sont en réalité prises dans le piège de la libre circulation des personnes. Le bon sens économique cède le pas à la panacée universelle de la libre circulation des personnes avec l’UE. Le centre politique suisse s’est volontairement exposé au chantage. De plus en plus, il cède aux revendications syndicalistes les plus extrêmes sous le prétexte des « mesures d’accompagnement »: extension des conventions collectives de travail, responsabilité solidaire, bureaucratie et contrôles. A presque chacune de ses sessions, le Parlement fédéral taille dans la souplesse du marché du travail et affaiblit par la même occasion la compétitivité de l’économie suisse.

Ce développement est dangereux. Il relève d’une logique mal comprise en vertu de laquelle un affaiblissement de la compétitivité économique de la Suisse réduirait la pression des immigrants. C’est vrai: quand il n’y aura plus de places de travail, il n’y aura en effet plus de besoin de main-d’œuvre. Il existe des moyens bien plus intelligents de freiner l’immigration. On ose espérer que le centre politique finira par retrouver la raison. Face à une concurrence de plus en plus sévère des économies nationales, le temps n’est vraiment plus à faire des concessions à la gauche. Ce n’est pas un Etat redistributeur qu’il faut encourager, mais bien l’économie nationale.

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par l’auteur
Martin Baltisser
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