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«La Suisse ne dit pas à Bruxelles ce qu’elle veut»

Traduction de l’interview de l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher parue ce dimanche dans le journal alémanique « Schweiz am Sonntag ». Il s’exprime notamment sur les conséquences du Brexit et les dangers d’une reprise automatique par la Suisse du droit UE.

Monsieur Blocher, vous êtes-vous attendu au Brexit?
Christoph Blocher: J’ai sous-estimé les Britanniques. Jamais je n’ai pensé qu’ils auraient la force de quitter l’UE compte tenu des douleurs de séparation qui avaient été manifestés au préalable. Voilà pourquoi je suis – une fois de plus – déçus par moi-même.

Une fois de plus? Pourquoi dites-vous cela?
En 1992, avant le vote sur l’adhésion à l’EEE/CE j’ai aussi sous-estimé le peuple suisse. Je pensais qu’il était impossible que les Suisses prennent une telle décision alors qu’on les menaçait de conséquences économiques aussi graves.

La Grande-Bretagne a opté pour le Brexit malgré toutes les menaces.
La situation était encore plus difficile pour la Grande-Bretagne que pour la Suisse à l’époque. La Suisse était et est toujours à l’extérieur de l’UE. Il est plus facile de ne pas épouser quelqu’un que de divorcer. D’un point de vue objectif cependant, la décision devait bien aller dans ce sens.

Qu’est-ce qui vous dire cela?
Qu’est-ce que l’UE? Une erreur de construction idéologique. Ce constat est de plus en plus évident avec l’euro, Schengen, Dublin, la migration, la crise grecque. Et il y a toutes ces formules vides lancées par le personnel de direction de l’UE. Aujourd’hui chacun fait à peu près ce qu’il veut. Les habitants de la majorité des Etats membres n’aimeraient plus être dans l’UE, mais ils sont obligés d’y rester. Chacun a compris aujourd’hui que cette construction est mauvaise pour les citoyens.

Croyez-vous que l’UE va s’effondrer?
Le Brexit est un signe de plus de la désintégration de l’UE. Les forces centrifuges vont augmenter. La Grande-Bretagne était jusqu’ici le seul pays dans lequel il était permis à la population de discuter ouvertement du maintien dans l’UE ou du départ.

Des demandes de référendum ont aussi été lancées aux Pays-Bas, en France, en Tchéquie et au Danemark.

Le Brexit a changé beaucoup de choses. Même les partis traditionnels – comme les conservateurs en Angleterre – adoptent des positions critiques à l’égard de l’UE. C’est réjouissant. Il n’est désormais plus possible de qualifier cette position d’extrémiste de droite.

Gérard Araud, ambassadeur français aux Etats-Unis, a déclaré que l’UE avait besoin de réformes: "reforme or die".

Je suis également de cet avis. L’UE doit revenir sur son erreur de construction, faute de quoi je ne lui donne aucune chance de survie. Et je ne dis pas cela que depuis jeudi dernier.

Mais depuis jeudi dernier ce constat a une autre signification.
Le Brexit a fait la preuve: la population de l’Etat membre dont l’économie est la deuxième plus importante de l’UE ne croit plus que la construction de l’UE est supportable pour la Nation. Si l’UE écoutait ces voix, elle serait forcée de se dire qu’il faut revoir sa stratégie et se demander si elle est encore une Europe pour les citoyens.

«Take back control»: ce slogan a séduit les Britanniques. L’UDC s’en sert aussi pour l’immigration et la protection des frontières. S’agit-il là des points névralgiques?

Absolument. Mais la Suisse est confrontée à une question encore plus importante: devons-nous nous rattacher à l’UE, voire y adhérer? La population suisse est opposée aux deux options. Le dernier rapport de l’EPFZ sur la politique de sécurité indique que la proportion des Suisses acceptant de se rapprocher de l’UE est tombée à 16%. Or, la Berne fédérale a préparé un document prêt à la signature qui vise exactement cet objectif.

Vous parlez de l’accord-cadre institutionnel.
Exactement. L’UE veut nous contraindre de reprendre son droit sans que la Suisse n’ait un mot à dire. En cas de litige, nous devrions reconnaître les jugements de la Cour de justice UE, donc des juges étrangers. Le Conseil fédéral doit stopper cette procédure s’il a le moindre bon sens.

Il ne le fera sans doute pas. Il n’existe plus qu’une divergence, les mesures de compensation.

Il ne le fera pas pour la simple raison que la Berne fédérale est dirigée par un personnel incompétent à la botte de l’UE. Il s’agit de quelque chose de fondamental: avec cet accord, la Suisse cède sa compétence législative à l’UE. Dans le marché intérieur, nous devrions reprendre toutes les dispositions légales de l’UE. Nous céderions notre démocratie directe via le régime juridique.

La démocratie directe serait touchée?
Elle serait supprimée dans une large mesure.

Vous peignez les choses en noir.
Pas du tout. Nous n’aurions plus de souveraineté. C’est comme pour les accords Schengen/Dublin. Si l’UE décide d’abolir l’obligation du visa pour les Turcs, nous devrions en faire autant, que nous le voulions ou non.

L’opposition à l’accord-cadre est votre "grande bataille".
Oui, car cet accord ferait de la Suisse une colonie de l’UE, puis finirait par la faire entrer dans l’UE sans vote populaire.

Que doit faire la Suisse pour appliquer l’initiative contre l’immigration de masse? L’UE n’a plus guère de temps pour la Suisse.

Nous sommes les spectateurs d’une pièce de théâtre. Vous ne croyez tout de même pas sérieusement que les choses auraient été facilitées si la Grande-Bretagne avait décidé de rester dans l’UE? C’est absurde.  Le fond du problème est le suivant: la Suisse ne dit pas à Bruxelles ce qu’elle veut.

Le Conseil fédéral veut négocier une clause de sauvegarde avec l’UE.
Oui, mais il se garde bien de dire ce qu’il y aura dans cette clause de sauvegarde. L’UDC a un avis très clair sur la question

Et quel est-il, cet avis?
Nous sommes d’accord avec une clause de sauvegarde qui réduit l’immigration moyennant les instruments prévus à cet effet dans la Constitution fédérale, à savoir la préférence nationale, les contingents annuels et les plafonds. De plus, il faut limiter l’accès aux institutions sociales, donc introduire un délai de carence pour obtenir des prestations.

L’UDC ne sait pas non plus ce qu’elle veut. Elle demande des contingents, mais votre fille, Magdalena Martullo, ne veut des contingents que dans des situations extrêmes.

Nous n’avons pas de divergence d’opinion.

Faut-il des contingents ou non?
Bien sûr qu’il en faut. Dans les domaines où il existe un important potentiel national de main-d’œuvre, les contingents doivent être bas. La préférence nationale sera ainsi prise au sérieux. 

S’agit-il là d’une "situation extrême"?
Oui. Dans les professions où l’offre de main-d’œuvre suisse est quasiment égale à zéro, il faudra des contingents plus généreux. Par exemple, les entreprises ayant besoin de chimistes doivent souvent se tourner vers l’étranger.

Trouverez-vous sur cette base un accord avec les associations économiques et les partis de droite?

Je ne le sais pas, mais je l’espère.

Avec le système de la clause de sauvegarde que vous avez esquissé, une solution entre partis de droit paraît difficile.

Oui, et c’est bien pour cela que nous discutons. On verra bien si l’économie et les partis de droite veulent réellement restreindre l’immigration de masse. Tous se sont prononcés publiquement contre les dangereuses mesures d’accompagnement. Tout le monde semble aussi d’accord pour dire que seuls les étrangers dont nous avons besoin et que nous ne trouvons pas dans le pays peuvent venir en Suisse. Nous sommes d’accord sur les objectifs, mais les mesures concrètes à prendre sont controversées.

Ce n’est donc pas impossible pour vous?
La question est de savoir si on veut trouver une solution commune ou non. Les partis de droite doivent trouver un accord. Tous devront faire des concessions pour qu’on puisse trouver un compromis. Prenez par exemple Kaiseraugst. 

A l’époque vous avez réussi à faire accepter une solution. Et aujourd’hui?
Je ne peux pas encore le dire. Mais il faut une limitation.

Existe-t-il un chiffre à ce propos?
Avec le système de l’immigration contrôlée entre 1970 et 2007 nous avions une immigration nette de 20 000 personnes par an, mais non pas de 70 000!

Qu’attendez-vous de l’application?
La Suisse s’est donné un article constitutionnel. Elle a ouvert la porte à l’UE pour une adaptation des accords. L’UE a affirmé pendant deux ans qu’elle ne négocierait pas. Donc, nous devons appliquer l’article de manière autonome.

Ne faut-il pas plus de temps?
Non. Le délai de trois ans doit être respecté. Voyez les négociations de sortie entre l’UE et la Grande-Bretagne. On ne se donne que deux ans.

Mais ces délais ne sont pas un tabou.
Nous ne devrions pas recommencer à repousser les délais. Il faut les appliquer. Il faut savoir que l’UE a peur que la Suisse fasse un seul pas. 

Quel pas?
Que nous résiliions l’accord de libre circulation des personnes.

Comment pouvez-vous dire cela?
Je le sais des milieux de l’UE. Il y aurait une réaction en chaîne dans d’autres pays. C’est comme pour le Brexit: Bruxelles craint que d’autres pays suivent l’exemple.

C’est pour cette raison que l’UE réagit très durement?
A la place de l’UE je chercherais à me mettre d’accord très vite avec la Suisse avant qu’à ce niveau également les choses n’échappent au contrôle.

Vous menacez indirectement?
Non, ce sont des conséquences naturelles. Après le Brexit la Suisse doit enfin exploiter les grandes chances stratégiques qui s’offrent à elle.

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