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éditorial

Mais quelle mouche a piqué Avenir Suisse?

Indigne, peu cohérente et incomplète, l’étude d’Avenir Suisse intitulée « Une politique agricole d’avenir » a laissé le monde agricole sans voix. Indigne par son vocabulaire, avec « le registre des privilèges » chiffré à 20 milliards, avec le cumul de montants arrangés comme des noix sur un bâton, cette étude fait passer le monde agricole pour une corporation de profiteurs. Indigne lorsqu’Avenir Suisse affirme que « l’image de la famille paysanne dans le besoin est un prétexte pour obtenir des soutiens financiers ». Indigne face à la réjouissance d’Avenir Suisse, évoquant la disparition d’exploitations agricoles comme « une évolution qui ne doit pas être perçue d’un mauvais œil ». Indigne encore face aux consommateurs, au peuple Suisse et au choix populaire de septembre 2017, validant à près de 80% le texte pour la sécurité alimentaire, Avenir Suisse ne se souciant pas du contenu de l’assiette des consommateurs.

Avenir Suisse se contente de calculs d’épiciers
Cette étude fait preuve d’un manque de cohérence entre les constats et les pistes suggérées. C’est un fait, l’agriculture suisse est fortement endettée de par la taille des exploitations en regard du coût du foncier et des infrastructures. La proposition de supprimer les reprises d’exploitations à la valeur de rendement ne fera qu’augmenter l’endettement des entreprises agricoles et compromettra encore plus les reprises d’exploitations. Les protections douanières permettant de contrôler, réguler et taxer certaines denrées alimentaires importées, leur réduction accentuerait la pression sur les prix et sur les produits indigènes, alors qu’elle devrait être atténuée par le biais de prestations justement remises en question par Avenir Suisse. Peu de cohérence également entre le constat que l’agriculture croule sous les prescriptions restreignant ses marges de manœuvres entrepreneuriales et le vœu d’émergence de nouveaux métiers tels que « auditeurs de la qualité paysage et gestionnaires des ressources et de la biodiversité » créant des charges administratives supplémentaires.

Cette étude est incomplète, une pièce de monnaie a toujours deux faces et Avenir Suisse tend à ne démonter qu’une face négative de l’agriculture. Il est vrai qu’en valeur réelle les denrées alimentaires coutent plus cher en Suisse qu’à l’étranger, mais pour être juste il est important de faire le comparatif par franc gagné. Et là, les consommateurs suisses dépensent moins de 10% de leur revenu, soit nettement moins que les pays voisins. Evoquer le coût de l’agriculture en regard du faible PIB généré alors qu’il n’est fait aucunement mention des effets de l’agriculture suisse sur le tourisme, de l’entretien du paysage et des nombreux efforts faits pour la biodiversité, le respect des animaux et de la nature, démontre encore une fois le caractère orienté à charge contre l’agriculture de cette étude. Le secteur agro-alimentaire n’est que partiellement abordé, alors que l’agriculture n’est qu’un maillon de la chaine alimentaire où tous ont un rôle à jouer. Les nombreux artisans que sont les meuniers, les boulangers, votre boucher de quartier, votre fromager, les magasins de denrées alimentaires, les grossistes et le secteur de la gastronomie sont oubliés dans cette étude, bien qu’ils fassent tous partie intégrante de notre secteur agroalimentaire de proximité et contribuent chaque jour au contenu de votre assiette. En chiffres, puisqu’Avenir Suisse aime les chiffres, le secteur agroalimentaire de notre pays génère près de 90 milliards de PIB (15%) pour plus de 660’000 emplois pour une masse salariale de quelques 40 milliards de francs. Finalement, les 2.8 milliards de francs de paiements directs octroyés à l’agriculture ne sont pas cher payés dans un schéma de valeurs ajoutées, génératrice d’emplois locaux et de produits régionaux de qualité.

Il ne faut pas déraciner l’agriculture
Le monde agricole n’est pas hermétique à l’évolution et n’a pas attendu Avenir Suisse pour adapter ses structures afin de répondre aux évolutions et aux différentes normes, en se modernisant et se regroupant dans le but d’être plus compétitif et innovant. Mais ces démarches ne se concrétisent pas d’un coup de cuillère à pot, elles prennent du temps et génèrent des investissements. Aussi, l’agriculture suisse a besoin d’un encadrement tant financier que structurel pour pouvoir répondre avec fierté et respect au mandat premier qui est le sien : assurer l’approvisionnement en denrées alimentaires de qualité, rémunérées de façon décente, permettant aux familles d’agriculteurs de vivre du produit de leur travail. Quant à Avenir Suisse, qu’ils intitulent leur étude « Une politique agricole d’avenir, sans agriculture suisse ».

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