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Exposé

Hommage à quelques personnalités de la ville de Berne et rappel de leur importance pour la Suisse actuelle

Discours prononcé à l’occasion de la manifestation du Nouvel-An « Bächtelistag », le 2 janvier 2022, à 11.00 h au Stade de Suisse à Berne

Les versions orale et écrite du discours font foi. L’orateur se réserve le droit de s’écarter fortement du manuscrit.

Adrian von Bubenberg (vers 1434–1479)
Le héros de Morat

Karl Stauffer-Bern (1857–1891)
Génie et destinée tragique 

Markus Feldmann (1897–1958)
Contre les poings bruns et rouges

Monsieur le Président du Comité d’organisation,
Chères Bernoises et Chers Bernois de la ville et de la campagne,
Chers et fidèles Concitoyennes et Concitoyens du reste de la Confédération,
Mesdames et Messieurs,

C’est une bonne tradition que de rendre hommage chaque 2 janvier de l’année, le Bächtelistag ou jour de la St. Berthold, à des personnalités de diverses régions de Suisse. Nous avons commencé il y a quinze ans à Aarberg avec trois grands hommes du Seeland bernois, à savoir Ulrich Ochsenbein, Ruedi Minger et Albert Anker.

Aujourd’hui, nous passerons en revue la vie de trois authentiques Bernois de la capitale. Cela me sera facile, car j’entretiens des liens sentimentaux avec tous les trois.

  • Adrian von Bubenberg avait à cœur le bien-être de la Confédération – moi aussi.
  • Cela fait longtemps que j’admire les œuvres de Karl Stauffer-Bern et je suis heureux d’en compter un petit nombre dans ma collection de tableaux.
  • Comme Markus Feldmann, j’ai été conseiller fédéral et comme lui, j’ai dirigé le Département fédéral de justice et de police. Et exactement comme lui, je me bats pour l’indépendance et la neutralité de la Suisse.

I. Introduction

Oh, ce Bernbiet, ce canton de Berne! Le fameux hymne bernois de Jakob Ummel, que les Bernois aiment à chanter avec son refrain jubilatoire « Bärnbiet, du mi liebi Heimat, schöner chan es niene sy! J ha gäng chly Freud gha dranne, dass i o e Bärner bi! » (Canton de Berne, ma chère patrie, à nulle part ailleurs c’est plus beau! J’ai toujours eu un peu de plaisir d’être aussi un Bernois), ne célèbre certes pas en premier lieu la ville de Berne, mais constitue bien plus une ode à la campagne: « Grüeni Wälder, dunkli Schatte, hindedra der Firneschnee … » (Forêts vertes, ombres profondes, et plus loin les névés…). Ce chant ne célèbre donc pas la place fédérale, mais bien la campagne bernoise, le « Bernbiet ». La réalité historique veut pourtant que dans le Etat-ville de Berne, la cité de Berne soit l’élément essentiel.

La première mention historique de la ville de Berne date d’une centaine d’années avant la fondation de la Confédération. Restée merveilleusement intacte, la cité entourée du méandre de l’Aar est un morceau indispensable de notre patrie. Elle est même reconnue au niveau international puisqu’elle a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Chaque pierre appartient ici à l’histoire puisque Berne était autrefois la plus grande cité-Etat du nord des Alpes et même une puissance militaire légendaire et fort crainte. A mes yeux, Berne est bien plus qu’un canton et bien plus qu’une ville: Berne est encore et toujours un Etat! Les touristes et les visiteurs, mais aussi les locaux ne cessent d’admirer les monuments historiques, les fontaines, la tour de l’horloge appelée Zytglogge, l’hôtel de ville, la cathédrale, les arcades avec leurs magasins.

Ayant passé 27 années comme conseiller national et 4 années comme conseiller fédéral dans la capitale fédérale, la cité historique de Berne m’est chère – plus en tout cas que la ville moderne. Lorsque j’étais conseiller fédéral, j’habitais la Brunngasse, mais le chemin qui y conduisait m’a toujours paru un peu inquiétant, surtout de nuit.

Nous montrions avec fierté la vieille ville de Berne aux diplomates et ministres étrangers en visite. Ces visites guidées ont alimenté de nombreuses anecdotes. On raconte par exemple qu’un haut fonctionnaire fédéral avait été chargé de faire visiter la ville à deux importantes personnalités allemandes. Arrivés devant un chantier, les visiteurs allemands ont demandé ce que l’on construisait là. « Un hôtel », leur a répondu fort justement le Bernois. Autre question des Allemands: « Et depuis combien de temps construit-on ici? » Le fonctionnaire bernois: « Depuis 3 ans. » « Quoi, 3 ans? Chez nous, ce bâtiment aurait été terminé en 3 mois. » Et ainsi de suite – au fil de la visite les Allemands constataient régulièrement qu’ils étaient plus rapides et plus efficaces et que les Bernois étaient toujours plus lents. Arrivé à la place fédérale, un des Allemands demande: « Et ça, c’est quoi? » en montrant le Palais fédéral. Réponse du Bernois: « Aucune idée. Hier en tout cas, ce n’était pas encore là! »

Un autre important visiteur allemand, à qui on a fait voir l’Aar pour ensuite le ramener à la terrasse fédérale avec le petit funiculaire du Marzili, n’a cessé de se moquer de la petitesse de ce chemin de fer. Arrivé en haut, il demandait d’un air interrogateur en montrant du doigt le Palais fédéral. Intimidé, le Bernois répond: « C’est le bureau administratif du chemin de fer. »

II. Adrian von Bubenberg (vers 1434–1479): le héros de Morat

II. 1 Soldat et maire de la ville

Mesdames et Messieurs, venons-en aux grandes personnalités de la ville de Berne.

A côté de moi vous voyez une statue d’Adrian von Bubenberg en armure, un symbole de force, de courage, de décision et d’endurance. Le créateur de cette sculpture est une autre célébrité de la ville de Berne, le génial Karl Stauffer.

Comme vous le constatez, Mesdames et Messieurs, nous remontons au 15e siècle alors que la jeune Confédération devait encore s’imposer en livrant de grandes batailles.

A l’époque la Confédération était menacée par le puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui tentait de battre la Confédération en l’attaquant par le nord.

C’est durant ce 15e siècle, soit exactement en 1434, qu’est né Adrian von Bubenberg. Sa famille était sans doute une des plus méritantes de l’histoire bernoise. La ville et ses régions inféodées occupaient incontestablement une position dominante dans la Confédération occidentale. Le père d’Adrian était le maire de la ville

Les racines de la famille ne sont certes pas attestées complètement jusqu’à Adam et Eve, mais, selon une vieille tradition, un ancêtre des Bubenberg aurait été chargé en 1191 de fonder la ville de Berne.

Vous voyez ici l’ancêtre d’Adrian, Kuno von Bubenberg, à gauche sur le tableau avec un page qui porte ses armoiries. Kuno von Bubenberg se serait disputé avec le fondateur de la ville, le duc Berchtold V. de Zähringen, parce qu’il aurait construit une ville deux fois plus grande que celle autorisée par le duc. Selon une légende, il avait été décidé que la ville porte le nom du premier individu venant à la rencontre des fondateurs. Ce fut un ours, Bär en allemand, si bien que la ville a été baptisée Bern et dotée d’une fosse aux ours. Aujourd’hui, la première rencontre eut sans doute été celle d’un vélo, si bien que Berne ne s’appellerait peut-être pas Berne, mais Bicicletta!

Prénommé Heinrich, le père d’Adrian était maire de la ville et propriétaire de vastes territoires, dont le merveilleux site de Spiez. Depuis 2017 on peut y voir une grande sculpture des Bubenberg.

Adrian von Bubenberg a suivi les traces de son père Heinrich. Il a fait rapidement ses preuves comme commandant de troupes. En 1466, donc à l’âge de 32 ans, il a été armé chevalier lors d’un pèlerinage à Jérusalem.

Par la suite, il a été élu maire de la ville de Berne. On sait qu’il a rendu visite en 1469 à Saint Nicolas de Flüe et qu’il a attesté le jeûne miraculeux du saint homme.

Lors de la révolte bernoise – les artisans et bourgeois se sont élevés contre les privilèges de la noblesse – Adrian von Bubenberg a pris le parti de la noblesse. Bientôt, cependant, les menées impérialistes de la Bourgogne ont écarté la politique intérieure bernoise. Les ducs de Bourgogne ont réussi à acquérir de vastes territoires s’étendant de l’Alsace jusqu’au Pays-Bas et à s’insérer ainsi entre la France et le Saint-Empire romain germanique. Adrian von Bubenberg passait pour être favorable aux Bourguignons. En 1475 il fut évincé par son adversaire Niklaus de Diesbach qui défendait la partie française. Diesbach est mort sur le champ de bataille, mais la menace bourguignonne persistait. Et désormais la Bourgogne entendait s’imposer définitivement.

II.2 Guerres bourguignonnes

En 1476, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, a envoyé une puissante armée contre les Confédérés, mais celle-ci fut battue à Grandson. Puis, le duc a rassemblé encore une fois des troupes près de Lausanne pour battre les Bernois qu’il haïssait du fond du cœur. Les Bernois ont choisi la petite ville de Morat comme avant-poste et Adrian von Bubenberg, le meilleur soldat bernois, y fut envoyé. Pour Berne, l’affaire était devenue existentielle.

En avril 1476, Bubenberg, qui n’était plus maire de Berne, s’est rendu à toute vitesse à Morat. Exigeant discipline et engagement de ses hommes, il a formé une troupe en seulement deux mois; il l’a complétée et il a étendu les fortifications de la ville. Dans une lettre adressée à sa ville d’origine, il a écrit que jamais on ne céderait aux agresseurs; Morat deviendrait plutôt un cimetière.

Adrian von Bubenberg a prononcé alors cette phrase qui est devenue légendaire: « Solange eine Ader in uns lebt, gibt keiner nach! » (aussi longtemps qu’une vène vit en nous, aucun d’entre nous ne cèdera).

Début juin la puissante armée bourguignonne a pris position devant les portes de Morat. Pendant douze jours les Bourguignons attaquaient la ville et la bombardaient de leurs canons. Jour et nuit les habitants de Morat, hommes, femmes et enfants, réparaient les dégâts.

Les Bernois ont cependant pu faire venir des renforts. D’autres Confédérés – dont notamment les Zurichois sous la conduite d’Hans Waldmann – se sont approchés en marches forcées. La bataille de Morat s’est ouverte le 22 juin 1476. Les Confédérés unis ont attaqué le camp bourguignon, anéantissant la majeure partie de l’armée ennemie.

Morat était libre et Adrian von Bubenberg est revenu à la tête de ses troupes à Berne où il fut célébré comme un héros.

Charles le Téméraire s’est échappé de justesse, mais il perdit la vie peu après à Nancy lors de la troisième bataille bourguignonne. C’est ce qu’enfants nous avons appris à l’école: « Charles le Téméraire a perdu ses biens à Grandson, son courage à Morat et son sang à Nancy. »

Adrian von Bubenberg fut entièrement réhabilité et nomme à nouveau maire de la ville. En été 1479, à l’âge de 45 ans seulement, il mourut en plein exercice de ses hautes fonctions.

La défense héroïque de Morat est restée pour toujours un des épisodes les plus glorieux de l’histoire suisse.

En voyant dans une vitre de la cathédrale de Berne briller les armoiries des Bubenberg sur fond bleu vous penserez peut-être à cette époque où notre petit Etat sut résister à un danger mortel.

Sans la prouesse de ce Bernois courageux, généreux et grand meneur d’hommes, la Confédération se serait peut-être éteinte sans gloire après à peine 200 ans d’existence. 

II.3 Gloire posthume

Plus tard on s’est souvenu avec gratitude du preux chevalier Adrian von Bubenberg. Il n’existe pourtant pas un seul portrait d’époque de ce héros. Max Leu a créé en 1897 la statue de bronze érigée au Hirschengraben à Berne.

Le quotidien « Neue Zürcher Zeitung » s’est montré impressionné lors de la cérémonie de dévoilement: « La statue de cet homme est non seulement une décoration, mais représente surtout une partie de l’honneur de la ville de Berne. Cet homme a réussi à sauver sa ville d’origine à un moment extrêmement dur de son histoire. Que son esprit continue d’animer non seulement la population bernoise, mais aussi tout le peuple suisse. »

Un monument plus petit, plus modeste, mais plus moderne que celui de Berne se trouve devant le château de Spiez. Il s’agit de l’œuvre du jeune Bernois de la ville de Berne, Karl Stauffer, un extraordinaire artiste malheureusement mort jeune. Nous allons maintenant nous tourner vers ce créateur génial, mais à la destinée tragique.

III. Karl Stauffer-Bern (1857–1891): génie et destinée tragique

III. 1 Les débuts à Munich

Karl Stauffer-Bern, le génial portraitiste, passe incontestablement pour un Bernois de la ville bien qu’il soit né comme fils d’un pasteur auxiliaire à Trubschachen dans l’Emmental. Les Stauffer étaient des bourgeois de Berne et appartenaient à la corporation des tisserands.

Nous reviendrons plus tard sur la biographie agitée et tragique de Stauffer qui était considéré comme un « élément dérangeant » à l’école, qui a quitté le gymnase – sa seule ambition était de peindre –, que l’on a placé en apprentissage auprès d’un peintre décorateur à Munich et dont la vie s’est terminée de manière extrêmement tragique. Sa destinée est si triste qu’elle fait presque oublier le peintre génial qu’était cet artiste conscient de son immense talent.

Pendant son apprentissage à Munich, Karl Stauffer, alors âgé de 17 ans, a créé cet autoportrait. Son talent extraordinaire de portraitiste ayant été rapidement reconnu, il a reçu une bourse d’étude d’une fondation de la ville de Berne. Cet argent lui a permis de suivre une formation à la « Münchner Kunstakademie », une institution fort réputée à l’époque. C’est là qu’il a commencé à ajouter à son nom celui de la ville de Berne. L’artiste s’appelait désormais Karl Stauffer-Bern.

Grâce à son incroyable sens de l’observation et son assurance, Karl Stauffer s’est distingué de plus en plus comme un grand portraitiste.

La peinture en couleurs n’était pas son affaire, si bien qu’il s’est concentré sur le dessin et par la suite sur la gravure, comme cet autoportrait non daté du jeune homme nous l’indique. L’artiste nous y apparaît comme un homme éveillé, sûr de lui, un peu sceptique, mais conscient de ses capacités.

Il ne s’est cependant pas contenté de créer des autoportraits, mais il a réalisé une foule de portraits de personnes connues et inconnues.

On peut citer à titre d’exemple cette étude que Stauffer, âgé de 19 ans et étudiant en arts, a réalisée pendant sa période munichoise. On y voit un homme inconnu portant un nœud papillon. Cette œuvre annonce déjà la maîtrise de Karl Stauffer dans l’art du portrait. Je connais bien ce dessin au fusain et je m’y suis longuement plongé, car il fait partie de ma collection.

(Voilà le grand avantage de pendre des tableaux chez soi: vous y faites tous les jours de nouvelles découvertes.)

III. 2 Portraitiste à Berlin

En 1880, Karl Stauffer, alors âgé de 23 ans, a quitté Munich pour travailler jusqu’en 1884 à Berlin où son art du portrait a rapidement fait de lui une jeune vedette fort bien payée. Son naturalisme réaliste était conforme au goût de l’époque. Il a également recouru à des moyens modernes comme la photographie. Stauffer étudiait durant des semaines, voire des mois les visages et les personnalités qui se cachaient derrière, sans se laisser distraire par des décors, par des uniformes ou des ordres portés par des notables. A côté de membres de la noblesse berlinoise, de chefs d’entreprise et d’artistes, il a également peint – comme vous le voyez sur cette reproduction – le ministre suisse Arnold Roth, un Appenzellois de Trogen qui s’est acquis de grand mérite en représentant son pays durant 27 ans à Berlin.

Ce portrait réalisé par Karl Stauffer présente Erich Benjamin, fils d’un banquier berlinois, portant des vêtements du 17e siècle qui étaient à la mode à l’époque. Ce tableau orne actuellement un mur du couloir de notre maison. Le regard de ce garçon de quatre ans est attentif, mais aussi un peu mélancolique. La bordure noire de son chapeau met magnifiquement en évidence le contour de son visage. Ce tableau est intéressant non seulement à cause du peintre, mais aussi à cause de son sujet, comme il se doit pour un bon portrait. Erich Benjamin est devenu un important médecin pédiatre et un pionnier de la psychologie enfantine. Il a été le premier à décrire la phase de contestation chez les enfants. Les nazis ont chassé Erich Benjamin de son poste de professeur à l’Université de Munich parce qu’il était juif et ils ont repris son sanatorium pour enfants à un prix ridicule. Erich Benjamin a émigré aux Etats-Unis, mais il n’a jamais réussi à y prendre pied. A l’âge de 63 ans il a mis fin à sa vie.

Le mandat sans doute le plus prestigieux a été donné à Karl Stauffer par la Galerie nationale qui lui a demandé un portrait de Gustav Freytag, l’écrivain allemand le plus lu à l’époque. La majorité des œuvres de Freytag sont oubliées, mais l’art pictural de Karl Stauffer a survécu non seulement cet écrivain, mais aussi ses œuvres.

Le père de Stauffer a souffert de dépressions pendant de nombreuses années. Il est mort à la clinique de Waldau sans avoir jamais joué un rôle déterminant dans la vie de son fils. Ce qui comptait pour ce dernier, c’étaient les femmes de la famille, comme ici sa sœur Sophie qu’il a peinte – cette fois-ci sans mandat – en profil trois quarts et dont la personnalité intelligente s’exprime parfaitement sur ce tableau. Stauffer lui-même tenait en grande estime ce portrait parmi toutes ses créations.

L’eau-forte non datée de sa mère Luise, âgée alors de 55 ans et portant un voile de deuil, fait sans doute partie de ses chefs-d’œuvre. Karl Stauffer n’avait pas encore 30 ans à l’époque. Travaillant autrefois comme éducatrice, sa mère l’a soutenu dans ses premiers essais picturaux et elle a toujours eu foi en son talent. Son mari étant psychiquement malade et ayant fini par se suicider, elle devait forcément agir comme chef de famille.

III. 3 Rencontres décisives

A l’âge de 17 ans, le désormais célèbre portraitiste est revenu en Suisse. C’est là que la vie personnelle et artistique de Karl Stauffer a commencé à être fortement perturbée par des événements d’abord hasardeux et secondaires, mais qui ont fini par engendrer une destinée éminemment tragique. Au début, il y avait la rencontre avec son ancien camarade d’école Friedrich Emil Welti, le fils du conseiller fédéral Emil Welti. La rencontre de ces deux camarades de classe fut fatidique pour Stauffer.

Le juriste Friedrich Emil Welti était marié avec Lydia Escher, la fille d’Alfred Escher, ce puissant homme politique et homme d’affaires qui fut un des grands animateurs du développement économique de la Suisse, le constructeur du chemin de fer du Saint-Gothard, le fondateur du Crédit Suisse et l’initiateur de l’EPF. Après la mort de son père, Lydia Welti-Escher était la femme la plus riche de Suisse. Elle a certes encouragé la création artistique de Stauffer, mais elle a fini par lui devenir fatale. Le couple Welti-Escher a invité le grand portraitiste Stauffer à peindre dans sa maison de maitre de Belvoir et, d’une manière générale, à lui tenir compagnie.

Dans la serre de la résidence Belvoir, Stauffer a peint en 1986 Lydia Welti-Escher, la « dame en blanc ». L’exigeante coloration de ce tableau lui demandait un grand travail. Lydia devait poser cinq heures par jour durant trois semaines. Fort bien instruite, intéressée à l’art, mais insatisfaite dans sa vie, cette femme a trouvé en Stauffer un interlocuteur intéressant. Les nombreuses lettres qui ont été conservées de cette époque confirment cependant que jamais, durant ces nombreuses années, ces contacts n’ont dépassé les limites des convenances.

C’est notamment grâce à cette relation que Stauffer a réalisé ses portraits sans doute les plus célèbres. Même l’écrivain suisse le plus fameux à ce jour, Gottfried Keller, a posé devant Karl Stauffer. Le hasard a bien fait les choses, car les deux hommes ont vite sympathisé. L’artiste peintre bernois admirait l’œuvre du poète zurichois et Gottfried Keller appréciait hautement l’art pictural de Stauffer. Les deux ont passé de nombreuses nuits à boire et à faire la fête. Keller appelait Stauffer un « sacré gaillard », exprimant ainsi son admiration pour le jeune casse-cou.

Karl Stauffer a subrepticement photographié le poète Keller au moment où ce dernier s’était assoupi sur sa chaise, un cigare à la main. Cette image lui a servi par la suite à produire une eau-forte. Mais Keller n’eut pas été Gottfried Keller s’il s’en était vexé. Bien au contraire, il a ajouté le commentaire humoristique suivant au tableau: « Es scheint der kurze Mann fast krank, / Doch raucht er ja noch, Gott sei Dank! » (le petit homme semble presque malade, mais il fume encore, Dieu merci!).

Aujourd’hui encore on ne peut s’empêcher de s’émerveiller devant la profondeur psychologique de ce portrait d’un Gottfried Keller âgé – il est décédé quatre ans plus tard – créé par un peintre presque quarante années plus jeune. Nous voyons ici un Gottfried Keller vieilli, présenté d’une manière extrêmement directe et non sentimentale, exprimant une certaine résignation et une vision pessimiste du monde, mais sans pour autant se départir jusqu’à la fin de son célèbre humour. On peut affirmer sans exagérer que l’art de Karl Stauffer a marqué de manière déterminante l’image posthume de Gottfried Keller.

Le même constat vaut pour le deuxième grand nom de la littérature suisse, Conrad Ferdinand Meyer. Lui aussi a eu toute l’admiration de Karl Stauffer, lui aussi a posé pour une eau-forte, et cela à une époque où son esprit était encore vif. C. F. Meyer avait en effet déjà 45 ans quand il a créé ses premières œuvres à succès, mais il a malheureusement sombré à nouveau à 65 ans dans sa maladie mentale.

Karl Stauffer-Berne était un adepte du « Sturm und Drang », également sur le plan artistique. Début 1888 il s’est installé chez son collègue artiste Max Klinger à Rome en lançant avec assurance « Sono scultore, io! » (je suis sculpteur, moi!), alors qu’il n’avait encore créé aucune sculpture. Il avait certes prouvé son talent de peintre et de graveur, mais il lui manquait encore la maîtrise du sculpteur. Ses mécènes, le couple Welti-Escher, l’ont soutenu dans ce nouveau départ radical. La première œuvre de Stauffer fut un jeune homme en adoration. Plus tard a suivi une sculpture non moins réussie que nous avons déjà vue et appréciée, celle d’Adrian von Bubenberg qui se trouve à côté de mon pupitre.

III. 4 Triste fin

En septembre 1889 un télégramme de sa mécène Lydia Welti-Escher arrache Karl Stauffer, qui a alors 32 ans, de son atelier de sculpture romain.

Lydia Welti le prie instamment de venir à Zurich, car son mari souffre de dépressions. Karl Stauffer s’exécute sans plaisir et se rend à Zurich où il est pris entre les fronts d’une relation malheureuse. Les événements se précipitent. Décision est prise de se rendre à Florence – le couple Welti-Escher et Karl Stauffer – pour des raisons thérapeutiques. A peine arrivé, le mari Friedrich Emil Welti retourne à Zurich pour ses affaires et laisse sa femme Lydia en compagnie de Karl Stauffer. Il arrive ce qui devait sans doute arriver: la relation amicale et parfaitement correcte a évolué vers une histoire d’amour ou du moins vers une affaire. Karl Stauffer s’enfuit à Rome en compagnie de Lydia. Le scandale public éclate.

Le mari Friedrich Welti ne semble pas en avoir été trop affecté. Réaction tout autre du beau-père de Lydia Welti-Escher, Emil Welti, l’influent conseiller fédéral qui, comme on le voit ici, a fait faire deux ans plus tôt son portrait par Karl Stauffer-Bern. Pour empêcher la liaison amoureuse extraconjugale entre Karl et Lydia, il n’a pas hésité à abuser honteusement de sa position et de son influence en faisant intervenir l’ambassadeur suisse à Rome, Simon Bavier. Résultat: Stauffer est incarcéré sous une fausse accusation et Lydia est déclarée malade mentale par un psychiatre complaisant et enfermée dans un asile d’aliénés.

En compagnie d’autres prisonniers, Karl Stauffer est acheminé en chaînes à Rome où toute l’affaire avait débuté. Grâce au paiement d’une caution, il retrouve la liberté, mais c’est désormais un homme brisé. Il subit une crise de nerfs et est interné par la force dans l’asile d’aliénés de San Bonifacio. Deux mois plus tard il est libéré grâce à une intervention de la même origine que la première, si bien qu’il peut revenir dans sa patrie bernoise.

Le sort incertain de Lydia ne le laisse pas en paix, si bien qu’il reprend la route de Rome où il apprend que Lydia a quitté la capitale en compagnie de son mari Friedrich Emil Welti. Peu de temps après, un tribunal de Florence acquitte Stauffer de tous les points de l’accusation. Mais les journaux suisses n’en soufflent mot, eux qui avaient gravement accusé Stauffer de tous les crimes. Karl Stauffer continue d’être considéré en public comme un suborneur, voire comme un violeur d’une femme marié. Il ne tire aucun bénéfice de son acquittement complet.

Profondément déprimé, Stauffer se tire une balle dans la poitrine au jardin botanique de Berne. Il survit cependant malgré sa grave blessure. Installé chez son frère à Bienne, il refait un rapide voyage à Rome. Il travaille au monument de Bubenberg tout en souffrant de douleurs et d’insomnies. A Florence, il tente de combattre ses douleurs et son insomnie par des doses de plus en plus fortes de chloral. Le soir du 24 janvier 1891 la dose est trop élevée. Le lendemain on le retrouve mort dans son lit – quatre ans après le décès de Gottfried Keller.

Le divorce de Lydia Welti-Escher est prononcé à ses torts. Moins d’une année après la mort de Karl Stauffer, elle se suicide à Genève. Disparue sans enfant, elle laisse toute sa fortune à la Confédération – qui s’est pourtant si lamentablement comportée envers elle – sous la forme de la fondation Gottfried-Keller.

Les agissements du puissant conseiller fédéral Emil Welti tentant de sauver l’honneur de son fils ont un résultat désastreux: l’amant de 33 ans de sa belle-fille est mort; son fils divorce et sa belle-fille se suicide. Qui plus est, il détruit une extraordinaire carrière d’artiste!

Karl Stauffer est enseveli le 28 janvier 1891 au cimetière protestant des étrangers de Florence. Seul un petit groupe rend les derniers hommages à ce peintre, graveur et artiste d’un talent exceptionnel. Il paraît que l’assistance a été frappée par une couronne portant l’inscription « Aux mânes de mon inoubliable ami » (les mânes sont les esprits des morts). Tout le monde l’a compris: Lydia Escher avait fait déposer cette couronne.

IV. Markus Feldmann (1897–1958): contre les poings bruns et rouges

IV. 1 Au service du parti de la classe moyenne

Markus Feldmann ne m’intéresse pas seulement parce qu’il était un de mes prédécesseurs à la tête du Département fédéral de justice et police, mais aussi parce qu’il a défendu sans compromission la neutralité suisse, parce qu’il était un adversaire acharné des nazis et des communistes, bref parce qu’il a combattu avec passion les poings bruns et rouges.

Markus Feldmann est né en 1897 à Thoune. Son père était un professeur de gymnase promu par la suite colonel d’état-major général et chef des services sociaux de l’armée. Souffrant d’une déficience cardiaque, le fils n’a pas pu faire son service militaire, ce dont il a souffert toute sa vie.

Etudiant en droit à l’Université de Berne où il a également passé tous ses examens, il attachait une grande importance à la société estudiantine « Zähringia » qu’il a même présidée deux fois.

Bien que Markus Feldmann ait travaillé toute sa vie en ville de Berne, qu’il soit devenu bourgeois de Berne et que le droit de cité bernois lui fût offert, il a adhéré au Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB) qui est devenu l’actuelle UDC. Il s’en est expliqué ainsi: le PS est trop peu suisse et trop hostile à l’armée et le « radicalisme industriel et bancaire », comme il l’appelait, est trop capitaliste.

En 1922, donc à l’âge de 25 ans, le jeune Markus Feldmann est devenu rédacteur, puis, trois ans plus tard, rédacteur en chef de la « Neue Berner Zeitung », l’organe du Parti des paysans, artisans et bourgeois du canton de Berne. Il a occupé cette fonction pendant 17 ans.

(Nous le voyons sur cette photo – quoique de manière quelque peu diffuse – dans son bureau rédactionnel).

En tant que rédacteur en chef dans les années trente et quarante il fut une figure marquante de l’opinion publique en s’opposant dès le début avec force aux tendances nationales-socialistes en Suisse. L’un de ses grands mérites a sans doute été d’être considéré comme le « rédacteur suisse le plus haï en Allemagne ».

Markus Feldmann ne s’est pas contenté d’écrire, il a aussi tenu plus de mille discours publics, notamment sur la politique étrangère.

Si nous connaissons sa pensée et son action avec plus de précision que celle de tout autre politicien suisse du 20e siècle, c’est parce que Markus Feldmann tenait un journal détaillé dès 1915 et jusqu’à sa mort en 1958. Nous savons par exemple qu’il se sentait particulièrement bien au milieu du mouvement patriotique paysan, lesdits Jeunes paysans, dont il espérait qu’il allait redonner du dynamisme au PAB qu’il considérait comme encroûté.

IV. 2 Contre le national-socialisme

Des liens d’amitié l’attachaient au début au dirigeant des « Jeunes paysans », le conseiller national Hans Müller de Grosshöchstetten, également membre de la « Zähringia ». Il s’en est par la suite éloigné par un message écrit, car Müller cherchait à se rapprocher des socialistes afin de combattre par des interventions de l’Etat la grave crise économique des années trente et tentait à s’imposer de manière autoritaire, donc très peu suisse, à la tête des Jeunes paysans au point d’entrer en opposition avec le PAB. Lorsqu’enfin Müller a été acquis en 1940 à la cause nationale-socialiste, la rupture entre les deux hommes était consommée depuis longtemps.

L’idée de former un « bloc bourgeois » grâce à une alliance du PAB, des radicaux et des catholiques-conservateurs a été principalement soutenue en 1934/35 par Rudolf Minger, aîné et confident de Markus Feldmann qui siégeait depuis 1930 au Conseil fédéral. Grâce à la distance prise avec le mouvement des Jeunes paysans, Feldmann a conquis un siège au Conseil national sur la liste PAB. L’intelligence politique de Minger et de Feldmann est illustrée par leur astucieuse stratégie d’offrir en 1938 aux socialistes deux sièges au Conseil exécutif bernois dans le but d’isoler les Jeunes paysans. Markus Feldmann est ainsi devenu un partisan engagé du principe de la concordance au niveau fédéral, soit concrètement la représentation à la mesure de leur taille des quatre plus grands partis de Suisse au Conseil fédéral.

Défenseur inconditionnel de l’Etat de droit, Markus Feldmann a très tôt compris le caractère criminel du régime hitlérien. Dans les colonnes de la « Neue Berner Zeitung », il a combattu sans relâche aussi bien le national-socialisme allemand que le fascisme italien. Du coup, son organe de presse s’est fait connaître bien au-delà des frontières suisses. Défenseur inconditionnel de la liberté de la presse, il a empêché que la Suisse conclue un accord sur la presse avec l’Allemagne. Ce combat lui a valu, selon l’historien Edgar Bonjour, le titre de « journaliste suisse le plus haï en Allemagne ».

Nous voyons sur cette photo prise quelques années plus tard l’image rare d’un Markus Feldmann souriant et serrant la main d’Eduard von Steiger. Le sourire est trompeur, car von Steiger était son adversaire à l’intérieur du parti lors des élections au Conseil fédéral de 1940. On croit savoir aujourd’hui que l’ambassade allemande est intervenue contre le combattant antinazi passionné qu’était Markus Feldmann, si bien que l’aristocratique – également Bernois de la ville – avocat et conseiller d’Etat Eduard Von Steiger a fini par s’imposer dans la succession de Rudolf Minger. L’organe zurichois du parti relevait alors avec regret: « Nous osons défendre le point de vue hérétique que le candidat au Conseil fédéral Markus Feldmann aurait bénéficié d’un ancrage plus fort dans le monde paysan. »

Comme le général Guisan, Markus Feldmann avait du mal à croire en la volonté inconditionnelle de résistance du Conseil fédéral en 1940. Nous les voyons ici tous les deux après la guerre, en 1954 à l’occasion du 80e anniversaire du général. Durant la guerre, le général Guisan a plusieurs fois invité le conseiller national Feldmann à des entretiens de politique intérieure et extérieure. Toutefois, Markus Feldmann s’est opposé avec fermeté aux allégations selon lesquelles Guisan était l’unique véritable résistant. Considérant ces rumeurs comme une perversion de l’histoire, il a pris explicitement la défense du Conseil fédéral.

IV. 3 Contre le communisme

Le « litige ecclésiastique bernois » entre Markus Feldmann, entré en 1945 au Conseil exécutif bernois et devenu directeur de l’instruction publique et des églises, et le grand théologien réformé Karl Barth est toujours d’un grand intérêt historique.

Dans un discours prononcé à la cathédrale de Berne, le professeur de théologie bâlois a affirmé que l’église ne devait pas accepter d’être instrumentalisée dans la lutte contre le communisme, mais devait s’engager pour la paix dans la guerre froide entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique. Dans une déclaration de Barth on trouve même les mots « un homme du format de Joseph Stalin ». Pour Markus Feldmann, les choses étaient claires: à côté d’Hitler, Staline était l’autre criminel et assassins de millions d’êtres humains. Nous savons aujourd’hui à quel point Feldmann avait raison.

Cette dispute de haut niveau entre deux importantes personnalités durant les années 1949 à 1951 intéresse les chercheurs jusqu’à ce jour. Avec Barth et Feldmann, ce sont deux conceptions différentes de la théologie, de l’éthique et de l’Etat qui se sont affrontées, mais aussi le sérieux bernois et l’humour bâlois. En observant les fades discussions actuelles sur le rôle de l’église et de l’Etat, on ne peut que regretter des disputes aussi puissantes et passionnantes.

Un autre aspect intéressant du litige ecclésiastique bernois réside dans le fait que les deux adversaires avaient beaucoup de points communs. Ils avaient fréquenté à Berne le Gymnase libre (à l’époque l’Ecole Lerber) fortement marqué par le piétisme, mais se sont par la suite détachés de leurs pieuses familles. Feldmann avait évidemment raison contre Barth qui prétendait que l’on pouvait entretenir un dialogue avec les communistes derrière le Rideau de fer comme cela se fait entre démocrates. Pour lui, c’était une chose aussi impossible qu’un dialogue utile avec les hitlériens.

La différence d’opinions était cependant aussi une conséquence logique de la différence entre les mandats des deux hommes: Feldmann avait l’obligation de défendre sans compromission l’Etat de droit libéral et démocratique et, selon la conception bernoise de sa charge – il était « directeur des églises » –, l’Etat était superposé à l’église alors que pour le dogmatique Karl Barth la situation était juste l’inverse.

Ce qui était encore impossible en 1940 est devenu réalité en 1951: Markus Feldmann est élu au premier tour de scrutin au Conseil fédéral à la succession d’Eduard von Steiger. Avec énergie et initiative il a pris la tête du Département fédéral de justice et politique, influençant fortement le travail législatif au niveau de la Constitution et de la loi. Il a exigé un rapport sur la politique d’accueil des réfugiés menée durant la Deuxième Guerre mondiale sous la responsabilité de son prédécesseur von Steiger et il a regretté officiellement les renvois de Juifs pratiqués un certain temps aux frontières du pays.

Markus Feldmann a participé activement aux débats de politique étrangère du Conseil fédéral. Défenseur d’une stricte politique de neutralité, il s’opposait à Max Petitpierre, alors ministre des affaires étrangères. Feldmann a reproché au Neuchâtelois d’agir de sa propre autorité sans l’aval du Conseil fédéral. A son avis, la mission suisse en Corée pour la participation à la surveillance des frontières mettait en péril l’indépendance nationale et faisait de la Suisse le jouet des grandes puissances.

Devenu président de la Confédération en 1956, il s’est exprimé à plusieurs reprises dans cette fonction sur la répression du soulèvement hongrois. L’intervention brutale des chars d’assaut soviétiques confirmait à ses yeux la justesse de son long et intense combat anticommuniste et la vague d’indignation antisoviétique qui a traversé la Suisse à l’époque fut pour lui une grande satisfaction.

Alors que dans ses interventions publiques Markus Feldmann paraissait presque toujours très sérieux, voire parfois féroce, il a aussi su faire preuve de tendresse dans sa vie privée. Il était marié à Margrit Beck et père d’Hans Feldmann qui est devenu avocat, député UDC au Grand Conseil et président de la Fédération immobilière suisse. Toute sa vie durant, Markus Feldmann s’est mieux senti au milieu de petites gens que de grands notables. Les aspects matériels de la vie avaient peu d’importance pour lui. Il détestait l’ostentation et la fatuité. 

IV. 4 Pionnier du droit de vote féminin

Bien que son parti, le PAB, y fût en majorité opposé, Markus Feldmann soutenait le droit de vote des femmes. Le projet qu’il a développé dans ce sens a été souvent considéré comme sa plus grande réalisation politique. Le message de 136 pages qui porte son empreinte a été soutenu par les deux chambres législatives fédérales.

Markus Feldmann a notamment écrit ce qui suit dans ce message: « L’Etat populaire libéral de conception suisse […] repose sur la confiance qu’il existe toujours un nombre suffisant d’êtres humains qui, par leur intelligence, leur sens des responsabilités et leur sens de la communauté, sont capables de porter et de concevoir l’Etat populaire libéral. De quel droit nous permettons-nous d’avoir aussi peu de considération pour nos femmes suisses en général, comment pouvons-nous leur dénier cette intelligence, ce sens des responsabilités et cette compréhension des exigences d’une communauté humaine et les priver du droit de participer activement […] à la conception de notre communauté étatique libérale? »

Markus Feldmann n’a pas vécu la défaite massive de son projet d’introduction du droit de vote des femmes lors de la votation populaire fédérale de février 1959. Il est mort le 3 novembre 1958 d’une crise cardiaque dans un taxi alors qu’il était toujours en fonction.

C’est ainsi qu’a disparu – comme devait le noter la « NZZ » – « un des hommes d’Etat les plus éminents de notre génération », une des « plus grandes personnalités générées par la Suisse ».

Mesdames et Messieurs, Markus Feldmann, Karl Stauffer-Bern et Adrian von Bubenberg sont trois grands noms de la ville de Berne qui illuminent la Suisse largement au-delà des arcades et ruelles bernoises.

Gardons-leur un souvenir reconnaissant.

Je vous souhaite à toutes et à tous une nouvelle année heureuse, une bonne santé, beaucoup de joie et de satisfaction!

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