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Les errements de la formation ou quand on veut remplacer la qualité par des fonctionnaires

De plus en plus critiquée par le public et victime d’une réformite aiguë, la politique de la formation menée actuellement en Suisse ne vise qu’en apparence à améliorer la qualité de l’instruction…

De plus en plus critiquée par le public et victime d’une réformite aiguë, la politique de la formation menée actuellement en Suisse ne vise qu’en apparence à améliorer la qualité de l’instruction publique. L’objectif réel de ses partisans est de multiplier le nombre de postes de fonctionnaires.

Une analyse systématique des activités déployées aujourd’hui en politique scolaire en révèle très vite le fil rouge: les compétences du peuple, des citoyennes et des citoyens, mais aussi des parlements sont systématiquement rognées et les droits de participation démocratiques sont minés.

Réglementation au lieu de démocratie
Cette uniformisation et cette réglementation sont voulues par des fonctionnaires. Autrefois fruit de la participation démocratique à tous les niveaux de l’Etat, l’école primaire est aujourd’hui « réformée » par la voie concordataire, donc sans que le peuple, les parlements cantonaux et le parlement fédéral n’aient voix au chapitre. Les règles sont concoctées et imposées par des fonctionnaires avec l’aval des gouvernements cantonaux.

Plus de 50 fonctionnaires, qui ne sont contrôlés ni par un parlement, ni par aucune autre instance politique, se sont arrogés le pouvoir de concevoir l’école primaire et d’en modifier les règles sans se préoccuper de la volonté du peuple. C’est de ce monopole qu’émane la décision de scolariser obligatoirement et sans exception les enfants dès l’âge de quatre ans avec, en Suisse alémanique, l’obligation de s’exprimer en haut-allemand dès la première heure d’école. La scolarisation à 4 ans est en effet le seul moyen de réaliser une scolarité obligatoire de onze ans – que le peuple n’a jamais voulue.

Les parents, qui tiennent à s’exprimer quant à la maturité scolaire de leurs enfants, sont écoutés dans le meilleur des cas. Mais la décision finale appartient toujours aux thérapeutes. Et elle est définitive. Les parents qui résistent s’exposent à des amendes salées qui peuvent aller jusqu’à 4000 francs.

Structure d’accueil de jour sans base constitutionnelle
De manière totalement arbitraire et sans que l’article constitutionnel fédéral sur la formation scolaire ne leur offre la moindre base légale, les fonctionnaires du concordat imposent la création de « structures d’accueil de jour » sur tout le territoire de la Confédération. Il s’agit là un nouvel appareil social dans lequel des fonctionnaires gardent et éduquent les enfants du lundi au vendredi entre 07.00 et 18.00 heures. Un canton est même allé jusqu’à vanter ce système en affirmant que les parents n’auraient ainsi que le « plaisir » de s’occuper leurs enfants le weekend et durant les loisirs et les vacances. Plus besoin de passer un temps frustrant à surveiller les devoirs. La dolce farniente pour les parents puisque de gentils fonctionnaires s’occupent de l’éducation dans le cadre des structures d’accueil de jour.

« Enseignement intégratif » – un eldorado pour les fonctionnaires
Ensuite, ces fonctionnaires-réformateurs imposent à toute la Suisse ledit « enseignement intégratif » qui sonne le glas des classes spéciales pour les enfants moins doués ou encore des petites classes séparées pour les enfants difficiles, récalcitrants ou ayant d’autres comportements sortant du lot. Tous entreront dans les classes régulières où des armées d’éducateurs et de spécialistes en pédagogie curative s’occuperont de chaque cas individuel. Ainsi, la fonction de maître de classe deviendra superflue. Elle sera assumée par un « teaching team » composée d’enseignants spécialisés et d’éducateurs. Le job sharing continuant d’être soutenu, ce système se distinguera par une complexité extraordinaire qui exigera bien entendu une multitude de séances de coordination, de procès-verbaux et de règlements. Une responsabilité collective reposant sur une règlementation bureaucratique remplacera la responsabilité personnelle du maître de classe. En clair, plus personne ne sera responsable de rien si les choses se gâtent.

L’enseignement des enfants moins doués dans des classes spéciales, où ils pourraient être encouragés en fonction de leurs dons individuels, est discriminatoire, affirment ces fonctionnaires. Un argument aussi stupide qu’hypocrite: comme si un enfant qui, devant toute la classe, reçoit en permanence un soutien particulier par une éducatrice spécialisé n’était pas davantage exposé à la risée de ses camarades qu’un enfant qui reçoit une formation particulière dans une classe spéciale.

Le principal effet de l’enseignement intégratif est d’augmenter le nombre de fonctionnaires, donc de pédagogues, d’éducateurs, de contrôleurs et de régulateurs. En multipliant ces postes de travail, la gauche offre un abri confortable à sa clientèle politique sous les ailes protectrices de l’Etat. Donc à ces mêmes personnes que cette même gauche a incitées à suivre des filières d’études et à obtenir des diplômes dont une économie productrice n’a tout simplement pas besoin.

L’école primaire a besoin de maîtres de classe
Pour ces mêmes fonctionnaires, école moderne égale école dépersonnalisée. Ces gens refusent d’admettre que les jeunes ont besoin de la conduite personnalisée et responsable d’un adulte. Faute d’une conduite par d’autres hommes et femmes, un jeune ne peut pas devenir un adulte responsable. Concrètement, cela signifie que le jeune a besoin d’un maître de classe qui assume la responsabilité globale d’une classe et la responsabilité particulière de chacun de ses élèves. C’est la rencontre de cette personnalité qui développe chez le jeune l’envie d’apprendre; elle sera une référence personnelle pour lui et l’aidera finalement à organiser lui-même sa vie sous sa propre responsabilité. Et le jeune finit ainsi également par comprendre que sans effort personnel il n’atteindra pas l’objectif qu’il s’est fixé.

L’avertissement de Munich
C’est avec horreur que le public suisse a appris l’événement épouvantable qui s’est produit à Munich: des jeunes Suisses en course d’école, sans surveillance et sous l’effet de cannabis et d’alcool, ont battu des passants, dont un infirme, au point qu’il a fallu les hospitaliser. Manifestement choquée, la directrice de l’instruction publique du canton de Zurich a lâché dans une première réaction qu’il faudrait peut-être à l’avenir renforcer le rôle du maître de classe. Or, cette même élue politique est la principale responsable de la suppression de la formation spéciale des maîtres de classe dans toutes les Hautes écoles pédagogiques de Suisse. Cette prise de conscience sera-t-elle suivie d’actes? Le fait est que le retour aux principes qui ont fait leurs preuves ne se fera pas sans le combat de l’UDC. Il nous reste donc beaucoup à faire.

Politique scientifique et universitaire
Cette même tendance – des fonctionnaires en lieu et place de qualité – conduit également la politique scientifique suisse dans un cul de sac. Ce développement navrant est le fruit d’une attribution de fonds qui repose avant tout sur des motivations idéologiques. Il suffit de consulter la liste des mandats de recherche octroyés par le Fond national pour s’en convaincre. Au lieu de gaspiller cet argent à des fins idéologiques, il vaudrait infiniment mieux donner plus de liberté à l’industrie et accroître le soutien financier en faveur de projets de recherche axés sur les besoins réels de l’économie.

Les universités doivent elles aussi retrouver une plus grande indépendance et formuler leurs objectifs de formation sur la base de leurs expériences pratiques. Il faut que la Suisse au moins s’écarte de la stupide accumulation de points inventée par les fonctionnaires de l’accord de Bologne. Lorsque la Suisse poursuivait ses propres objectifs de formation, son instruction publique était admirée dans le monde entier. Aujourd’hui, alors qu’elle croit devoir participer aux acrobaties comptables à la bolognaise, elle perd son originalité et son attractivité. Or, il n’y a aucune raison pour que la Suisse fasse sienne la religion des points de Bologne qui sévit actuellement dans toute l’UE.

Faut-il résigner?
Bien sûr que non. Mesdames et Messieurs, le temps est au contraire venu de se battre becs et ongles. Nous voyons partout que le peuple est parfaitement conscient du mauvais chemin que prend la formation. Des directeurs cantonaux de l’instruction publique, qui se sont engagés avec arrogance pour ces modèles scolaires bureaucratiques, ont été chassés de leur poste à la suite de résultats électoraux déplorables. Je saisis aussi cette occasion pour adresser un compliment respectueux au peuple argovien qui, par un vote d’une clarté incontestable, a jeté à la poubelle les projets scolaires irréalistes concoctés par ces idéologues de l’instruction publique.

Le peuple attend une force politique capable de provoquer un tournant. Notre devoir, le devoir de l’UDC, est clair: l’école primaire ne peut prospérer qu’avec le peuple et non pas contre le peuple. Toute tentative de restreindre le droit de participation du peuple aux affaires scolaires doit être rejetée. C’est la seule manière de stopper les errements de la politique scolaire et la réforme effrénée qui sévit dans ce secteur. Voilà pourquoi l’UDC se bat contre HarmoS. Voilà pourquoi le concordat spécial visant à supprimer les classes spéciales doit être refusé. Voilà pourquoi les structures d’accueil de jour et, partant, l’étatisation de l’éducation des enfants doivent être empêchées. La tâche de l’UDC est de tout mettre en œuvre pour que la décision, qui ne repose sur aucun vote populaire, de supprimer les jardins d’enfants et la formation des maîtres de classe soit annulée.

Une instruction publique marquée par des personnalités et non pas par des fonctionnaires a autrefois valu respect et admiration à la Suisse. Libérons l’instruction publique suisse des griffes des bureaucrates et des fonctionnaires. Voilà la tâche que l’UDC doit accomplir – pour le bien de la jeunesse et des parents.

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Ulrich Schlüer
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