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Sur la plage déserte de Troie ou l’histoire est un éternel recommencement – Conséquences pour la Sui

Vous connaissez sans doute cet événement marquant de la mythologie grecque qu’est l’histoire de Troie, cette ville florissante implantée sur la côte d’Asie mineure qui fut assiégée pendant dix ans…

par Ueli Maurer, Conseiller fédéral, Wernetshausen (ZH)

 

Vous connaissez sans doute cet événement marquant de la mythologie grecque qu’est l’histoire de Troie, cette ville florissante implantée sur la côte d’Asie mineure qui fut assiégée pendant dix ans par l’armée grecque. Les Troyens, qui pouvaient voir leurs dangereux ennemis en chair et en os, étaient fermement décidés à défendre leur ville et à repousser leurs adversaires, ce qu’ils sont parvenu à faire…

Jusqu’à ce jour où les assiégeants ont soudainement disparu. Ils s’étaient retirés. La flotte grecque était partie. La plage de Troie était déserte. Les envahisseurs n’avaient laissé derrière eux qu’un cheval de bois. Un cadeau.

Mais où est donc l’ennemi? Qui est l’ennemi? De l’ennemi, plus aucune trace. Les ennemis sont devenus des amis. Le cadeau le prouve. La paix est retrouvée. Perturbée seulement par la malheureuse Cassandre qui ne veut pas croire à la paix, et qui les avertit d’un danger. Et puisque personne ne veut gâcher leur joie, on chasse promptement cet oiseau de mauvais augure hors de la ville. S’il est encore un ennemi, c’est bien elle qui ne veut pas croire à la paix.

Et c’est ainsi que s’accomplit un destin funeste: les Troyens déposent leurs armes. Ils démolissent le mur d’enceinte de leur ville pour permettre au cheval gigantesque d’y entrer. Insouciants, ils fêtent le commencement d’une nouvelle ère, sans ennemi ni dangers.

Mais: l’ennemi revient la nuit même. Troie est réduite en cendre et sa population massacrée.

Une armée pour la paix et la liberté
Lorsque l’armée soviétique s’est retirée d’Europe orientale après la chute du Mur de Berlin, elle n’a pas laissé de cadeaux derrière elle, mais des Etats économiquement ruinés. L’effet était pourtant similaire:

Celui qui, à l’heure actuelle, s’engage pour une armée, pour une armée forte, pour une armée qui garantisse notre paix et notre liberté, doit sempiternellement répondre à ces questions: Où est l’ennemi? Qui est l’ennemi?

Ces questions semblent pertinentes et subtiles. Car pourquoi devrions-nous investir dans des millions de jours de service et des milliards de francs des contribuables pour une armée si l’on ne sait pas exactement dans quel but nous l’engageons?

La réponse va de soi: parce que nous savons pourquoi nous l’engageons. Cela seul suffit. Car nous savons très bien pourquoi nous l’engageons: nous l’engageons parce qu’elle est le garant de notre paix et de notre liberté.

La question de l’ennemi est donc secondaire. Car elle passe à côté de l’essentiel. La question fondamentale doit être: Faut-il renoncer à un moyen ultime pour assurer la liberté? Doit-on effectivement abattre les murs de la ville pour la seule raison que la plage de Troie est déserte, pour la seule raison que la menace ne nous saute pas aux yeux?

Il faut faire preuve d’un peu d’imagination et de jugeote lorsque l’on se trouve sur la plage déserte de Troie. Il ne faut jamais oublier que l’histoire est un éternel recommencement.

Les faits historiques ne se répètent pas, mais l’histoire, dans ce qu’elle a de fondamental, repose, de tout temps, sur des constantes. Et une de ces constantes s’appelle la volonté de puissance. La volonté de domination, d’ascendance sur autrui, sur les plus petits et les plus faibles, voilà la vraie raison des conflits, des crises et des guerres. Et ce depuis toujours. Ou tout au moins depuis la chute de Troie, car la beauté d’Hélène s’est évanouie peu après la destruction de la ville.

L’histoire est un éternel recommencement
La volonté de puissance perdure, quelles que soient les époques, quel que soit l’objet de la domination ou les raisons d’un déploiement de force. Le type de puissance et de domination varient en fonction de l’évolution de la société, de la situation économique et des technologies.

Une fois, la volonté de puissance porte sur l’endroit où les gens vivent. Sur le territoire. Une fois, elle porte sur les moyens qui permettent aux gens de vivre. Sur l’argent, les débouchés et les ressources. Une fois, elle porte sur la manière de vivre. Sur les idéologies ou la religion.

Et toujours, la volonté de puissance porte sur les possibilités qu’ont les hommes à entretenir des contacts. Sur les voies de communication par terre ou par mer. Et désormais aussi sur les liaisons virtuelles du cybermonde.

Prenez les conflits actuels. C’est la volonté de puissance, quelle que soit sa forme, qui est à leur origine. Dans le cas des Balkans et du Caucase, il s’agit de conflits territoriaux.

Et les combats pour la répartition des ressources, du pétrole, du gaz, de l’eau, de l’argent, de l’assiette fiscale ou des parts de marché. Les uns cherchent une issue en recourant à la brutalité d’une guerre traditionnelle, les autres en recourant aux moyens plus subtils des conflits économiques ou aux pressions diplomatiques, juridiques ou pseudojuridiques.

Ou l’importance politique de la religion: avec la chute du bloc communiste, c’est toute une époque de conflits idéologiques qui a pris fin. Les années du pragmatisme n’ont été qu’éphémères. La religion remplace l’idéologie. Le combat et les visions autour de l’organisation de notre société, autour de ce qu’il faut considérer comme le bien ou le mal, renaissent.

Le terrorisme islamiste, qui touche désormais l’Europe, montre que notre société des libertés a des ennemis prêts à recourir aux armes. Le danger ne s’est pas estompé: ainsi, la Grande-Bretagne veut désormais instruire 60’000 personnes aux moyens de défense contre le terrorisme. Actuellement, le gouvernement britannique considère comme « élevé » le risque d’une attaque terroriste imminente.

Lorsqu’on tente de lire entre les lignes, on voit surgir la compétition pour la domination sur les voies de communication. Le dernier exemple en date est la Somalie: les grandes puissances du monde, les Américains, les Chinois, les Indiens, les Russes, les Iraniens, tous envoient des navires de guerre croiser sur la route qui mène à Aden. A cause des pirates? Non. Ceux-ci ne sont qu’un prétexte pour envoyer des troupes dans une zone géostratégique brûlante. Car il s’agit, en fin de compte, de la route qui relie l’Europe à l’Asie.

Conséquences pour la Suisse
Quelle est maintenant l’importance de ces quatre types de conflit pour la Suisse? Quelles conséquences en tirer pour notre politique de sécurité?

Si les chercheurs en matière de conflit tiraient leurs conclusions sur la base de longs délais de préalerte pour des guerres en Europe, un seul type de conflit leur viendrait à l’esprit: une guerre territoriale conventionnelle entre Etats. Et si l’on prenait les guerres mondiales comme base de référence, on pourrait, le cas échéant, leur donner raison.

Mais les conflits territoriaux changent aussi: est-il possible que la lutte archaïque pour le pays et le sol reviennent en Europe sous une autre forme? Des signes avant-coureurs le montrent. Je pense à certaines zones des grandes villes d’Europe occidentale où l’ordre étatique a quasiment disparu. Aux banlieues dominées par des bandes de jeunes qui se battent entre elles ou avec la police pour obtenir la suprématie sur quelques bouts de rues. Je le dis clairement: ce danger peut aussi guetter la Suisse!

L’actualité nous donne l’occasion d’observer quotidiennement le fait que la domination sur les ressources est souvent à l’origine des conflits. Il suffit de regarder attentivement les nouvelles en provenance des régions les plus ensanglantées de la planète pour s’en convaincre.

Mais la lutte pour les ressources touche aussi des endroits de la Terre réputés pacifiques et civilisés. Et les signes précurseurs n’épargnent pas l’Europe. Ainsi, l’hiver dernier, la « guerre du gaz » entre l’Ukraine et la Russie a plongé les habitations des pays d’Europe orientale dans le froid. Le combat pour la répartition des ressources devient plus âpre. Les conflits se rapprochent. Secoués par la crise financière, les Etats défendent de nouveau plus fermement les intérêts qui leur sont propres. Je le dis clairement: les premiers effets se font déjà sentir en Suisse.

L’émergence de nouvelles religions dans notre pays également ne peut être ignorée. A Madrid et à Londres, le combat contre l’ordre social occidental gagne en puissance. Je le dis clairement: la Suisse n’est pas immunisée contre de telles menaces; nous aussi nous pouvons être la cible des extrémistes.

Les voies de communication ont toujours joué un rôle majeur dans l’histoire de la Suisse. Ils ont donné à notre pays une importance stratégique et, dès lors, un certain poids. La forteresse du Gothard en est une preuve solide dans le plus pur sens du terme. Dans les sociétés de plus en plus axées sur l’informatique, la lutte s’étend à présent aux liaisons du monde virtuel. Je le dis clairement: il serait naïf de croire que nos transversales alpines et nos liaisons informatiques ne constituent pas des cibles de choix pouvant justifier des attaques.

L’être humain ne change pas. C’est pour cela qu’il s’efforce toujours d’accroître sa puissance en maîtrisant les rouages de la politique internationale. Le monde reste un endroit peu sûr. Le monde de la grande fraternité humaine où tous les êtres humains se donnent la main est une utopie et un pieux souhait.

Quant à la question de l’ennemi, nous y répondons en attirant l’attention sur le caractère varié que présentent les menaces et les risques. Lorsqu’on installe une alarme pour protéger son argent, son foyer et ses biens, le nom des cambrioleurs potentiels importe peu. Cependant, si l’on évalue les possibilités d’un éventuel cambriolage, on bloque les possibilités d’accès à la maison ou à l’appartement, et on contrôle les serrures des portes et les fenêtres.

Il en va de même pour notre pays: tant que l’on est susceptible de nous prendre quelque chose, nous sommes menacés. Territoire, argent et capacités économiques, axes de liaison ou même notre ordre social libéral. Ce sont là des raisons qui ont déclenché des conflits par le passé, et qui pourraient bien en déclencher d’autres à l’avenir également.

Des leçons tirées de cet état de fait dépend la formulation d’une politique de sécurité globale. Une politique de sécurité qui n’écrit pas ses scénarios-catastrophes en fonction d’un budget, mais, au contraire, qui adapte son budget selon les dangers. Donc une politique de sécurité que l’on peut définir de globale puisqu’elle couvre toute la palette des dangers.

Une politique de sécurité qui tienne aussi compte de tout ce qui pourrait améliorer effectivement la sécurité du pays. Il s’agit donc de voir si les coopérations et les engagements internationaux accroissent vraiment la sécurité de la Suisse ou s’ils nous entraînent dans des conflits internationaux et se traduisent par de l’insécurité pour le pays. Car la notion qui prime dans celle de la politique de sécurité, c’est bien la sécurité et non pas la politique.

Devant ce constat, l’organisation, l’importance et les tâches de l’armée doivent aussi faire l’objet d’un examen. Ne se préparer qu’en vue des scénarios les plus probables et les plus pratiques ne suffit pas. Nous devons aussi être armés pour affronter le scénario le plus dangereux qui soit. Et nous en pourrons relever un tel défi que si nous disposons d’une armée qui soit prête à l’engagement.

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