La reprise automatique prévue de la législation alimentaire européenne pose à la Suisse une question fondamentale : voulons-nous des normes bureaucratiques venues de Bruxelles ou continuer à privilégier des solutions autonomes et proportionnées ?

La Suisse et l’UE prévoient de conclure un accord sur la sécurité alimentaire qui s’étendra à l’ensemble de la chaîne alimentaire. Derrière cette formulation technocratique se cache un programme politique : l’UE souhaite réglementer de manière stricte la politique agricole « de la ferme à l’assiette ». Pour la Suisse, cela signifierait que nous devrions à l’avenir reprendre automatiquement les prescriptions de l’UE, sans marge de manœuvre politique.
Un exemple tiré du Schleswig-Holstein illustre concrètement ce que cette densité réglementaire peut signifier. Pendant 48 ans, les femmes paysannes de cette région ont préparé des gâteaux pour le marché de Noël local. Mais en 2024, cela a pris fin ; les exigences de l’UE imposaient des cuisines certifiées, des certificats sanitaires pour les personnes qui confectionnaient ces gâteaux, des formations en matière d’hygiène pour les vendeuses et une documentation complète des recettes avec les additifs et les allergènes. L’effort était tout simplement trop important pour un engagement bénévole.
Qu’est-ce que cela signifie pour la Suisse ? Pour les fêtes de village et d’école, pour les magasins à la ferme, pour les événements associatifs ou les fêtes de lutte suisse ? Allons-nous bientôt voir apparaître une police de la sécurité alimentaire qui contrôlera si chaque saucisse grillée est certifiée et si chaque bénévole a suivi une formation ?
Des contrôleurs de l’UE dans tout le pays ?
Les spécialités suisses pourraient également être mises sous pression. Les produits traditionnels tels que le fromage au lait cru font régulièrement l’objet de réglementations européennes strictes. Dans le même temps, l’interdiction des OGM dans les importations alimentaires risque d’être assouplie. Au lieu du principe « de la région pour la région », les produits de masse de l’UE pourraient exercer une pression supplémentaire sur les producteurs locaux.
L’idée que même les cuisines de campagne de l’armée et les cantines devraient être certifiées semble particulièrement absurde. Attendre les inspecteurs de l’UE en cas d’urgence ? Difficile à imaginer. Mais ce sont précisément ces droits de contrôle qui seraient possibles : les contrôleurs de l’UE pourraient inspecter les étables, les fromageries, les boucheries, les serres, les restaurants ou les détaillants sur place.
Nous voulons des solutions suisses éprouvées
La sécurité alimentaire est importante. Mais elle ne doit pas devenir une porte d’entrée pour une politique agricole dictée par des intérêts étrangers. La Suisse doit décider si elle continue à suivre ses propres solutions pragmatiques ou si, à l’avenir, Bruxelles déterminera ce qui se trouve dans nos assiettes.
C’est pourquoi l’accord d’adhésion à l’UE, que ses partisans appellent « Bilatérales III » de façon erronée, doit être clairement rejeté.