La neutralité : essentielle pour l’identité suisse

Céline Amaudruz
Céline Amaudruz
conseillère nationale Vandoeuvres (GE)

Mesdames et Messieurs,
Chers délégués,

Lorsque l’on parle de neutralité, beaucoup pensent immédiatement à la politique étrangère.

Moi, je pense d’abord à la Suisse.

À ce qui fait son identité. À ce qui lui a permis de préserver sa liberté, sa cohésion, son indépendance tout en gagnant le respect du monde.

On entend parfois dire que la neutralité serait une vieille tradition qu’il faudrait adapter à notre époque.

Je pense exactement l’inverse.

Dans un monde toujours plus instable, où les tensions internationales se multiplient et où chaque État est sommé de choisir son camp, la neutralité n’est pas dépassée. Elle est plus actuelle que jamais.

La neutralité n’est pas une faiblesse encore moins une lâcheté. Elle est l’expression de notre indépendance.

Notre pays est petit. Il n’a ni les moyens militaires ni le poids démographique des grandes puissances.

Notre force a toujours été ailleurs.

Elle réside dans notre capacité à décider nous-mêmes de notre destin, sans nous laisser entraîner dans les conflits des autres

Cette capacité protège aussi notre cohésion. Quatre langues, vingt-six cantons, des sensibilités différentes : la Suisse est une nation de volonté. Elle tient parce qu’aucun conflit étranger ne dresse les Suisses les uns contre les autres. Pendant la Première Guerre mondiale, c’est la neutralité qui a permis au pays de rester entier. La leçon vaut encore : prendre parti à l’extérieur, c’est semer la division à l’intérieur. Rester neutres, c’est rester unis.

Voilà pourquoi la neutralité est essentielle à l’identité suisse.

Mais cette neutralité n’a de valeur que si elle est claire.

Depuis plusieurs décennies, Christoph Blocher l’a résumé avec justesse : une neutralité « flexible » ou « pragmatique » est le contraire même de la neutralité.

Je partage pleinement cette analyse.

Une neutralité flexible est aussi absurde qu’une boussole qui changerait le nord selon la météo.

Peu importe où l’on se trouve sur Terre, le nord reste le nord. Il doit en être de même pour la Suisse. Peu importe d’où on la regarde, elle doit être perçue comme neutre par tous. La neutralité ne peut pas être une girouette qui change de direction au gré du vent et de ceux qui soufflent dessus pour l’influencer.

Une neutralité crédible ne change pas selon les circonstances. Elle ne dépend pas davantage des gouvernements du moment.

Une neutralité flexible, c’est comme si notre Constitution devenait facultative : à partir du moment où elle dépend de l’humeur du jour, elle ne protège plus personne.

Pourquoi ?

Parce que la neutralité repose avant tout sur la confiance.

Une promesse n’a de valeur que si tout le monde croit que vous la tiendrez.

C’est exactement comme une monnaie.

Le franc suisse vaut parce que chacun est convaincu qu’il vaudra encore demain.

La neutralité fonctionne de la même manière.

La neutralité est une monnaie de confiance.

Depuis plus de deux siècles, le monde sait ce que signifie la parole de la Suisse. Cette confiance, nous ne l’avons pas obtenue par hasard. Elle s’est construite au fil des générations, par la constance de notre pays et par sa fidélité à ses engagements.

La neutralité n’est pas une faveur que le monde accorde à la Suisse. C’est une parole donnée.

La Suisse s’engage à ne favoriser aucun camp.

En retour, le monde lui reconnaît une crédibilité particulière, qui lui permet d’offrir ses bons offices, d’accueillir des négociations de paix et de parler avec toutes les parties lorsque d’autres ne le peuvent plus.

Ce rôle particulier repose sur la crédibilité de la parole de la Suisse.

Or comme toute parole donnée, celle-ci n’a de valeur que si elle repose sur la confiance.

Et la confiance est longue à construire, mais rapide à perdre.

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas accepter que la neutralité soit progressivement redéfinie au gré des événements internationaux ou des majorités politiques.

Notre neutralité ne doit être ni supprimée ni vidée de sa substance.

Elle doit rester perpétuelle, armée et crédible. Il en va de notre liberté.

Mesdames et Messieurs, permettez-moi justement de terminer par un rappel important concernant la liberté.

Le fédéralisme protège notre liberté dans les cantons.

La démocratie directe la protège dans nos institutions.

La subsidiarité la protège dans l’organisation de l’État.

Et la neutralité protège notre liberté face au reste du monde.

Au fond, ces quatre principes disent exactement la même chose : personne ne décide à notre place.

Voilà pourquoi la neutralité n’est pas un simple moyen de notre politique étrangère. Elle est un pilier de notre construction nationale, exactement au même titre que le fédéralisme.

La neutralité n’est donc pas seulement utile à la Suisse. Elle est essentielle à son identité. Et il faut donc la protéger et la raffermir en l’inscrivant dans notre Constitution fédérale.

Je vous remercie.

Céline Amaudruz
Céline Amaudruz
conseillère nationale Vandoeuvres (GE)
 
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