éditorial

Deux poids et deux mesures en politique d’asile

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a communiqué mercredi dernier deux décisions en politique d’asile, l’une servant manifestement à détourner l’attention de l’autre. Et une troisième…

Martin Baltisser
Martin Baltisser
(AG)

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a communiqué mercredi dernier deux décisions en politique d’asile, l’une servant manifestement à détourner l’attention de l’autre. Et une troisième décision a été passée sous silence. Ces attitudes illustrent parfaitement les différentes positions et leurs conséquences au niveau de la politique d’asile suisse. La première affaire: le licenciement d’Alard du Bois-Reymond, directeur de l’Office des réfugiés, est très gênant pour la responsable du DFJP, car il est révélateur de la dérive de cet office. La deuxième affaire: l’information concernant les personnes, qui se sont annoncées aux ambassades suisses de Syrie et d’Egypte, un cas que la conseillère fédérale connaît depuis longtemps et qui a de toute évidence servi à détourner l’attention du public de la première affaire. La troisième vient d’être rendue publique par la presse dominicale: l’Office fédéral de la migration (ODM) a permis récemment à une centaine de personnes, qui avaient déposé une demande d’asile à l’ambassade suisse de Tunisie, d’entrer en Suisse, alors que cette permission est en contradiction avec le droit suisse.

Ces affaires illustrent de manière exemplaire les différences de position dans le secteur de l’asile et leurs conséquences. Alors que dans le deuxième cas l’autorité a agi dans l’intérêt du pays en empêchant que la Suisse ne devienne une destination privilégiée de migrants irakiens n’ayant aucun droit à l’asile, elle a fait exactement le contraire dans le troisième cas. La possibilité donnée aux requérants d’asile de déposer leur demande dans une ambassade étrangère vise précisément à éviter que des requérants sans aucune chance d’obtenir l’asile ne se rendent en Suisse. Si on fait néanmoins entrer ces gens dans le pays, on conduit le système à l’absurde et on viole les dispositions légales en vigueur.

La justesse de la décision prise par l’autorité helvétique en 2006 est confirmée par le fait que nombre de ces demandes ne répondaient pas aux exigences de la procédure d’asile et ont donc pu être classées. Si on était à l’époque entré en matière sur ces demandes, des milliers de migrants auraient sans doute pris le chemin de la Suisse. La Suisse aurait été pressée de laisser entrer durant la procédure d’asile ces personnes qui étaient en sécurité, mais ne séjournaient pas dans leur pays d’origine, et cela même si ces demandes n’avaient aucune chance d’aboutir. De plus, la Suisse courait le risque d’accueillir sur son territoire des Irakiens membres de groupes extrémistes, voire terroristes.

Quel avenir en politique d’asile?
Reste la première affaire, la démission d’Alard du Bois-Reymond, directeur de l’Office fédéral de la migration. Depuis la réorganisation ratée de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, cet office part à la dérive tant au niveau des structures qu’à celui du personnel. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a été incapable jusqu’ici de corriger le cap. Nonobstant quelques annonces prétentieuses, aucune amélioration concrète n’est à signaler dans le domaine de l’asile. Bien au contraire, la situation continue d’échapper au contrôle des autorités comme en témoignent, par exemple, les problèmes lancinants des requérants d’asile récalcitrants, voire criminels. Il ne serait donc guère étonnant qu’après les élections générales au Conseil fédéral de décembre prochain, et la nouvelle répartition des départements qui suivra, une conseillère fédérale de plus s’enfuie du DFJP.

Martin Baltisser
Martin Baltisser
(AG)
 
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