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Exposé
Conférence de presse de 03. juillet 2006

Garantir la souveraineté alimentaire de la Suisse

Ce que la Suisse a raté dans le football, elle le réussit sans problème dans un autre domaine: la Suisse est championne du monde en matière d’importations de denrées alimentaires. Aucun pays au monde

Ce que la Suisse a raté dans le football, elle le réussit sans problème dans un autre domaine: la Suisse est championne du monde en matière d’importations de denrées alimentaires. Aucun pays au monde n’importe autant de produits alimentaires par habitant que la Suisse. En deuxième position, mais nettement distancé, il y a le Japon, puis la Corée du Sud. Même en chiffres absolus, ce petit pays avec ses 7,4 millions d’habitants se classe en 10e position au niveau mondial en ce qui concerne les importations alimentaires. Cette forte dépendance de l’étranger est politiquement inquiétante et elle ne doit pas être aggravée par une ouverture incontrôlée et incontrôlable des frontières.

Conséquence de la nouvelle politique agricole, le degré d’auto-approvisionnement de la Suisse n’a cessé de baisser ces dernières années. De 62 en l’an 2000, il n’est plus que de 55% aujourd’hui. L’AP 2011 accélérera encore ce processus. Faute de mesure de correction, la concrétisation des résultats des négociations OMC entraînera une nouvelle baisse de ce taux. Et si la Suisse concluait de surcroît un accord de libre-échange avec l’UE, son taux d’auto-approvisionnement se réduirait même de moitié. Est-il acceptable que la Suisse ne produise plus qu’un tiers ou même moins des denrées alimentaires dont elle a besoin?

C’est un fait: sans importation de produits alimentaires, la population de la Suisse ne pourrait plus être nourrie. Environ 45% des besoins alimentaires du pays sont couverts par des denrées achetées à l’étranger. Or, pendant que la Suisse impose des contraintes et des contrôles sévères à ses agriculteurs, les importations échappent largement à ce standard. On trouve chez nos bouchers aussi bien de la viande indigène provenant d’élevages respectueux des animaux que de la viande étrangère produite selon des méthodes largement en dessous de nos standards.

Avec sa nouvelle politique agricole, la Suisse néglige la production alimentaire actuelle en misant unilatéralement sur l’extensification. De surcroît, la politique agricole officielle renchérit souvent inutilement la production et facilite ainsi les importations en provenance d’un marché mondial totalement faussé par des excédents. Les produits agricoles représentent moins de 10% des échanges commerciaux au niveau mondial, si bien que seule une petite minorité de pays exportateurs profiteraient d’une extension de cette part. Il faut d’ailleurs relever à ce propos qu’il n’existe pas à proprement parler un marché mondial des produits agricoles.

Il s’agit bien plus d’une braderie d’excédents subventionnés dont le prix n’a qu’un lointain rapport avec les coûts de production effectifs. Il n’est donc pas correct de comparer ces prix avec les prix des produits agricoles suisses.

Bien entendu, les denrées alimentaires doivent être aussi avantageuses que possible afin que la population puisse se nourrir correctement. Cette exigence est aujourd’hui totalement satisfaite en Suisse. Compte tenu du pouvoir d’achat de sa population, la Suisse offre actuellement les produits alimentaires les moins chers du monde. Dans ce domaine aussi nous sommes champions. Selon la statistique officielle de l’OCDE, les ménages suisses consacrent 11% de leur revenu à la nourriture contre 12,2% en Allemagne, 14,5% en France et 14,7% en Italie. Les milieux qui exigent en Suisse les mêmes prix que ceux pratiqués par quelques discounters à la frontière refusent de voir la réalité en face.

Selon divers sondages, près de 90% de la population estiment que la sauvegarde de la sécurité alimentaire nationale est importante, voire très importante. Dans ce contexte, le degré d’auto-approvisionnement joue un rôle fondamental. Il n’est pas inutile de rappeler à ce propos que le principe d’une alimentation exempte de produits génétiquement modifiés conformément à la décision populaire du 27 novembre dernier n’est plus qu’une farce si la Suisse augmente encore ses importations alimentaires.

Dans son article 104, la Constitution fédérale statue que la Confédération doit veiller à ce que l’agriculture contribue substantiellement à la sécurité de l’approvisionnement de la population et à l’occupation décentralisée du territoire. L’article 102 (approvisionnement du pays) impose à la Confédération d’assurer l’approvisionnement du pays en biens et services de première nécessité et de prendre des mesures préventives à cet effet. L’ouverture constante des marchés agricoles mine de plus en plus ces dispositions constitutionnelles. Il n’est pas admissible que ce changement structurel vide des vallées entières de leur population et mette ainsi fin à l’entretien des paysages. Cette évolution serait désastreuse pour l’infrastructure, le tourisme et l’artisanat des régions rurales.

L’agriculture suisse ne peut assurer un approvisionnement raisonnable du pays en denrées alimentaires que si elle obtient des prix lui permettant de vivre. Les paysans suisses ne peuvent pas se satisfaire de salaires du tiers-monde, car ils ont des charges correspondant à un pays à salaires élevés. Les prix pratiqués sur les marchés mondiaux ne peuvent pas lui suffire. En revanche, si l’agriculture obtient des prix équitables pour ses produits, elle peut continuer d’assumer son mandat constitutionnel de l’entretien du paysage.

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