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Politique de formation : quels enjeux pour les cantons ?

Dans mon discours, je vous donnerai quelques explications sur le Programme d’études 21 et vous exposerai mon point de vue quant aux difficultés auxquelles sont généralement confrontés les cantons…

par Stefan Kölliker, conseiller d’État, chef du département de la formation du canton de St.-Gall, Bronschhofen (SG)

Dans mon discours, je vous donnerai quelques explications sur le Programme d’études 21 et vous exposerai mon point de vue quant aux difficultés auxquelles sont généralement confrontés les cantons en matière de politique de formation.

Le programme d’études est un programme qui fixe les objectifs de la formation. Il constitue ainsi un instrument à l’usage des enseignants, sur la base duquel ceux-ci planifient les cours. Le programme d’études est le mandat donné par la société à l’école publique. Jusqu’à récemment, il semblait évident que presque tous les cantons disposent de leur propre programme d’études. Malgré la coordination intercantonale sur de nombreux points dans le domaine de l’école obligatoire, les objectifs de formation varient fortement d’un canton à l’autre. Cette diversité restreint la mobilité. En outre, lorsqu’un enfant en âge de scolarité passe d’un canton à l’autre, des lacunes considérables dans certaines matières peuvent nécessiter la mise en place d’onéreuses mesures de soutien ou un redoublement. Dans ce contexte, le fédéralisme est défavorable aux enfants. C’est la raison pour laquelle l’assemblée plénière des directrices et directeurs de l’instruction publique des cantons germanophones et plurilingues D-CDIP a pris la résolution, le 18 mars 2010, d’élaborer le Programme d’études 21.

Le Programme d’études 21 est axé sur les compétences. En d’autres termes, il décrit ce que les élèves doivent être capables de faire à la fin de chaque degré scolaire. Les programmes d’études traditionnels sont basés sur les matières, ils se contentent de prescrire les thèmes à traiter pendant les cours. Le Programme d’études 21 indique quelles connaissances, aptitudes et compétences sont prioritaires. La focalisation sur les compétences signifie ainsi clairement une focalisation sur les performances. Le Programme d’études 21 décrit aussi des compétences non académiques, c’est-à-dire personnelles, sociales et méthodiques. Celles-ci ont également une place dans les programmes d’études existants et répondent aux attentes de la société et de l’économie vis-à-vis de l’école.

Le Programme d’études 21 est conçu indépendamment des structures scolaires des différents cantons. Ces derniers restent libres d’organiser la première année d’école obligatoire et le degré secondaire I. Les modèles traditionnels éprouvés ne sont pas remis en question, notamment la structure comprenant école enfantine, école primaire et un degré secondaire divisé en deux ou trois niveaux, correspondant à des exigences élémentaires ou supérieures.

Le Programme d’études 21 décrit des domaines d’études et non des branches prises isolément. Les matières biologie, physique et chimie sont ainsi regroupées dans le domaine « Nature et technique », tandis que la géographie et l’histoire composent le domaine « Espaces – temps – société ». Cette répartition est appliquée dans le canton de St.-Gall depuis 1997, donc depuis 13 ans, et elle y a fait ses preuves. Le regroupement par domaines a été accueilli très favorablement par toutes les parties concernées et l’expérience montre qu’il ne réduit pas les performances. Les contenus de ces branches sont enseignés dans la même mesure qu’auparavant mais de manière pluridisciplinaire. La promotion de la pensée pluridisciplinaire est aussi ce que le monde économique attend de l’école.

Le programme d’études actuellement appliqué dans le canton de St.-Gall comprend déjà des aspects essentiels du Programme d’études 21, dont notamment la description des compétences et le regroupement par domaines. Les résultats de l’étude PISA confirment que les jeunes du canton de St.-Gall réalisent des performances au-dessus de la moyenne. On peut en déduire que la réorientation du programme de formation dans notre canton peut être qualifiée de modèle de réussite et qu’elle n’entraîne aucunement une baisse de niveau.

Le Programme d’études 21 est élaboré conjointement par des didacticiens et des praticiens, c’est-à-dire par des enseignants actifs et expérimentés de l’école primaire. Cependant, ces travaux de conception en cours ne signifient pas pour autant que le programme sera mis en œuvre. Une fois achevé soit vraisemblablement en 2014, chaque canton pourra décider librement de l’étendue de son application : il pourra le reprendre intégralement, l’adapter à ses besoins – une part de 20 % peut être configurée librement – ou choisir finalement de faire cavalier seul.

Les nouveaux articles de la Constitution fédérale relatifs à la formation obligent les cantons à collaborer. Il convient cependant de distinguer les matières dans lesquelles il existe une obligation constitutionnelle de collaboration et celles où les cantons peuvent agir de manière individuelle.

En ma qualité de chef du département de la formation et surtout en raison des nombreuses années d’expériences positives dans le canton de St.-Gall que j’ai déjà évoquées, je suis favorable à l’élaboration d’un programme de formation dans une large mesure uniforme pour toute la Suisse alémanique et je suis convaincu qu’il est judicieux d’adopter un programme d’études commun. Néanmoins, je refuse catégoriquement que le Programme d’études 21 soit utilisé pour transmettre des valeurs déterminées, pour exercer une influence massive sur nos enfants, à travers une idéologie et un endoctrinement. Nous autres directeurs de l’instruction publique UDC avons cependant – et j’insiste sur ce point – la responsabilité de surveiller et de contrôler en permanence le planning et le contenu qui viennent de vous être présentés pour l’évolution de ce programme. Et nous sommes en mesure de le faire, grâce aux rapports intermédiaires réguliers sur le développement du projet qui doivent être établis. La devise est ici encore claire et univoque : faisons preuve de modération et évitons les excès de zèle !

En ce qui concerne les réformes de la formation de manière générale, le rythme doit être ralenti et nous devons mener une réflexion sur les mesures déjà mises en place, parce que le système scolaire est actuellement dans une situation intenable : il sert aujourd’hui trop de « maîtres » à la fois. L’école est devenue une sorte de champ de forces, objet de trop de convoitises. Ne perdons jamais de vue l’essentiel : la mission principale de l’école est la formation, l’éducation incombe en premier lieu aux familles. À l’heure actuelle, les parents qui font un véritable travail éducatif essuient souvent regards de travers et moqueries. Or on ne saurait sous-estimer l’importance du travail effectué dans le cercle familial. La contribution que ces parents apportent gratuitement, en coulisses, mérite la reconnaissance et le respect. Cet effort et ce travail de longue haleine sont en effet trop souvent et trop volontiers délégués à l’école.

De nombreuses revendications à l’égard de l’école sont étrangères à sa mission de formation ; elles surchargent l’école et, avec elle, les enseignants. Ces désirs pris pour des réalités constituent toutefois une tendance persistante et s’immiscent de manière détournée dans les écoles, ce à quoi je m’oppose fermement. L’école ne peut et ne doit pas gérer tout ce que la société compte et subit comme problèmes. Il est inconcevable et inacceptable de cumuler les tâches à la charge des écoles et des enseignants car cela nuit à la mission centrale de l’école, son cœur, et donc à sa qualité. Les bons enseignants ont bien plus de valeur à mes yeux que les mauvais modèles ! L’école doit transmettre des connaissances et des valeurs et ne pas se convertir en un jouet aux mains de parents négligents et d’experts de la formation imbus d’eux-mêmes. Sa tâche n’est pas de reprendre aveuglément les standards et développements internationaux pour les imiter sans aucun contrôle préalable mais bien de favoriser l’autonomie et la responsabilité personnelle des enfants et de les préparer à la vie.

Le Conseil d’État du canton de St.-Gall a rejeté lors de sa dernière session une motion visant à introduire dans la loi cantonale sur l’école publique, aux côtés des missions de formation et d’éducation, également celle de prévention de la violence. Une motion réclamant une place plus importante pour la protection de l’environnement et la sensibilisation à l’environnement a également été balayée. Je m’en réjouis – c’est d’ailleurs grâce à l’importante fraction UDC que nous avons réussi à l’empêcher. En plus des demandes incessantes de changements et de renouvellement émises par les parlementaires, l’école est déjà dépassée par les problèmes concrets de notre époque. Je vous laisse apprécier, chers délégués UDC, les exemples suivants tirés du quotidien scolaire, sans prétention d’exhaustivité :

 

  • Auparavant, les élèves apprenaient à rester tranquilles – Maintenant on leur donne des tranquillisants
  • Auparavant, les performances des élèves étaient jugées par des notes, qui servaient d’indicateurs aux parents – Maintenant les parents jugent les notes attribuées, quelles que soient les performances
  • Auparavant, l’enseignant transmettait la langue – Maintenant il jongle entre les langues
  • Auparavant, on devait rechercher soi-même une solution – Maintenant Google la cherche pour vous

 

Nous devons toutefois être conscients d’une chose : les effets de l’évolution de la société et les échanges transfrontaliers de marchandises, de capitaux et de personnes ne s’arrêtent pas aux portes de l’école. Familles monoparentales et recomposées, mariages mixtes, enfants issus de l’immigration etc. sont des problèmes bien concrets et indéniables. Ce sont des réalités que nous devons accepter et que nous devons affronter.

L’UDC doit, peut mener et mènera une politique scolaire servant les intérêts premiers de notre pays et de ses citoyens. Ce sont là des valeurs éprouvées à travers les siècles et qui continueront à faire leurs preuves à l’avenir, parce que le cœur de ces traditions, expériences et caractéristiques est intemporel.

L’UDC doit se baser sur la curiosité naturelle et l’envie inassouvie d’apprendre de nos enfants et leur insuffler nos valeurs. Je le répète : nous ne souhaitons aucune idéologisation ni aucun endoctrinement. L’une comme l’autre se sont toujours avérés des échecs.

Nous devons tirer les enseignements du passé pour assurer l’avenir et donc faire mieux. Il faut pour cela du courage et je suis fier que l’UDC ait ce courage.

Je vous remercie.

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