Schengen : un épouvantail agité par les opposants

À l’approche de la votation du 14 juin sur l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », les opposants ressortent une vieille rengaine : accepter cette initiative conduirait à la fin de Schengen et plongerait notre pays dans l’insécurité. Cet argument alarmiste ne résiste pourtant pas à l’examen des faits.

En tant qu’ancien officier de liaison aux douanes suisses, je connais parfaitement les mécanismes de coopération transfrontalière. Contrairement à ce que l’on entend souvent, le système Schengen n’est pas la pierre angulaire de la sécurité suisse. Le fameux registre Schengen, présenté comme indispensable à notre protection, s’est révélé au fil des années lourd, imparfait et d’une utilité limitée pour les autorités helvétiques. Dans bien des cas, ce sont surtout les États membres de l’Union européenne qui en tirent profit.

Lorsqu’une collaboration rapide et efficace est nécessaire, notamment dans des affaires graves comme un enlèvement ou une poursuite criminelle transfrontalière, ce ne sont pas les mécanismes Schengen qui entrent principalement en jeu. Les accords de coopération bilatérale existants, notamment les Accords de Paris entre la Suisse et la France, permettent déjà aux forces de l’ordre d’agir ensemble de manière étroite et efficace. La sécurité de notre pays ne repose donc pas sur un seul dispositif administratif européen.

Pas de dénonciation automatique des accords Schengen en cas de OUI !
Surtout, les opposants omettent volontairement un élément essentiel : l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » ne prévoit pas une dénonciation automatique des accords de Schengen. La renégociation de certains accords ne constituerait qu’un ultime recours. Avant d’en arriver là, l’initiative prévoit toute une série de mesures destinées à maîtriser la croissance démographique et l’immigration : limitation de l’immigration nette, encadrement du regroupement familial et adaptation de notre politique migratoire aux capacités réelles du pays.

Si ces mesures sont mises en œuvre avec détermination, il est parfaitement possible que cette clause de dernier recours ne doive jamais être utilisée. Les scénarios catastrophes brandis aujourd’hui relèvent donc davantage de la spéculation politique que de l’analyse sérieuse.

Depuis la libre circulation, l’insécurité n’a pas diminué
Par ailleurs, il convient de rappeler une réalité souvent passée sous silence. Depuis l’introduction de la libre circulation des personnes, la Suisse a connu une forte augmentation de sa population ainsi qu’une progression de diverses formes de criminalité. Les statistiques officielles montrent que l’insécurité n’a pas diminué durant cette période. Prétendre que davantage d’ouverture et davantage d’immigration garantissent automatiquement davantage de sécurité ne correspond pas à l’expérience vécue par de nombreux citoyens.

Le 14 juin, les Suisses ont l’occasion de reprendre le contrôle de leur avenir démographique sans mettre en péril leur sécurité. Dire OUI à l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », c’est défendre une Suisse capable de maîtriser son développement, de préserver sa qualité de vie et de garantir elle-même la sécurité de sa population.

Bernard Bapst, Député et anc. Officier de liaison aux douanes, Hauteville (FR)

 
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