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éditorial

Initiative sur l’alimentation : Restons pragmatiques !

Renforcer notre souveraineté alimentaire et notre capacité à nourrir notre population avec des produits suisses : des objectifs qu’en principe, tout le monde soutient. Active dans le secteur de la meunerie, je mesure chaque jour l’importance stratégique d’une production agricole indigène forte et d’une filière agroalimentaire performante. Mais une bonne intention ne fait pas nécessairement une bonne politique et c’est là tout le problème de l’initiative dont nous parlons.

Céline Amaudruz
Céline Amaudruz
conseillère nationale Vandoeuvres (GE)

L’initiative « Pour une alimentation sûre », soumise au vote le 27 septembre, prétend vouloir porter notre taux d’auto-approvisionnement net à au moins 70% en dix ans, notamment en orientant davantage notre agriculture et notre alimentation vers les produits d’origine végétale. Sur le papier, la promesse est séduisante. Dans la réalité, elle se heurte aux caractéristiques mêmes de notre pays.

La Suisse n’est pas une immense plaine céréalière. Une grande partie de nos surfaces agricoles est constituée de prairies et de pâturages, où l’élevage permet précisément de transformer l’herbe, inconsommable pour l’être humain, en aliments de grande valeur comme le lait ou la viande. Vouloir piloter depuis Berne ce que nos paysans doivent produire et, indirectement, ce que les Suisses doivent manger, n’est pas la bonne voie.

Le territoire n’est pas adapté à ce projet
Fixer arbitrairement un objectif de 70% ne suffit pas à faire apparaître des hectares supplémentaires. Notre taux d’auto-approvisionnement se situe aujourd’hui autour de 46%. L’augmenter est souhaitable, mais cela exige du pragmatisme : préserver nos terres agricoles, améliorer les conditions-cadres de la production, soutenir nos filières, réduire les contraintes inutiles et permettre aux agriculteurs de produire davantage.

L’initiative risque au contraire d’imposer une transformation profonde de notre agriculture et de notre industrie agroalimentaire, avec de nouvelles interventions de l’Etat, des coûts importants et davantage de contraintes. Le remède pourrait alors devenir pire que le mal.

Oui, la Suisse doit renforcer sa souveraineté alimentaire. Oui, nous devons produire davantage chez nous. Mais faisons-le avec nos paysans et nos entreprises, en tenant compte de la réalité du terrain et des attentes des consommateurs.

Une Suisse qui mange davantage suisse, oui. Une Suisse où l’Etat réécrit notre menu, non. Le 27 septembre, restons pragmatiques et votons NON à l’initiative sur l’alimentation.

Céline Amaudruz
Céline Amaudruz
conseillère nationale Vandoeuvres (GE)
 
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