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Agriculture
éditorial

Initiative sur l’alimentation – quand l’idéologie écrase le pragmatisme

Le titre est séduisant : « Pour une alimentation sûre ». Qui pourrait être contre ? En tant qu’agriculteur, je sais mieux que quiconque l’importance de produire suffisamment de denrées alimentaires de qualité dans notre pays. Mais derrière ce bel emballage se cache une initiative idéologique qui menace précisément ce qu’elle prétend défendre : notre agriculture et notre sécurité d’approvisionnement.

Thomas Stettler
Thomas Stettler
conseiller national Soyhières (Cne Courroux) (JU)

Les initiants veulent atteindre un taux d’auto-approvisionnement net de 70%. L’objectif paraît louable. Mais dans le même temps, ils veulent orienter davantage notre agriculture et notre consommation vers les denrées végétales. Voilà toute la contradiction : on prétend renforcer la production indigène tout en dictant aux agriculteurs ce qu’ils doivent produire et aux consommateurs ce qu’ils devraient manger.

Notre terroir n’est pas une théorie
L’agriculture suisse s’est construite pendant des siècles en fonction de notre territoire. Nos pâturages, nos Préalpes et nos régions de montagne ne sont pas des champs de lentilles ou de soja. Ce sont des surfaces herbagères que les bovins, les moutons et les chèvres transforment en aliments de grande qualité. C’est ainsi que sont nés nos fromages, nos spécialités régionales et tout un savoir-faire transmis de génération en génération.

Vouloir transformer cette réalité à coups d’objectifs politiques, c’est faire passer l’idéologie avant le bon sens. Une agriculture forte ne se décrète pas depuis un bureau à Berne. Elle repose sur des familles paysannes qui connaissent leurs terres, leurs animaux et les possibilités de leur exploitation.

Produire moins ici pour importer davantage
La sécurité alimentaire ne se renforce pas en affaiblissant des branches entières de notre production. Chaque litre de lait, chaque kilo de viande ou chaque céréale que nous ne produisons plus en Suisse doit, tôt ou tard, être remplacé ou compensé et ce remplacement vient souvent de l’étranger, avec des normes que nous ne maîtrisons pas et des transports supplémentaires.

Dans un monde marqué par les guerres, les tensions commerciales et des chaînes d’approvisionnement fragiles, notre priorité devrait être exactement inverse : produire davantage chez nous et réduire notre dépendance envers l’étranger.

Enfin, une question de principe se pose. Depuis quand l’Etat doit-il décider ce qui doit se trouver dans nos assiettes ? Informer le consommateur est une chose, orienter politiquement sa consommation en est une autre. Les Suissesses et les Suisses sont assez responsables pour décider eux-mêmes s’ils veulent manger une côtelette, une fondue ou un plat de légumes.

Nous avons besoin d’une agriculture suisse forte, diversifiée et productrice. Pas d’une agriculture planifiée selon les préférences alimentaires du moment.

Le 27 septembre, refusons cette mise sous tutelle. Pour notre terroir, pour notre sécurité d’approvisionnement et pour notre liberté : NON à l’initiative sur l’alimentation.

Thomas Stettler
Thomas Stettler
conseiller national Soyhières (Cne Courroux) (JU)
 
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