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Agriculture
éditorial

L’initiative sur l’alimentation empêchera les agriculteurs de remplir leur mission !

Sur le papier, l’initiative « Pour une alimentation sûre » promet davantage d’autosuffisance et une agriculture durable. En tant qu’agriculteur, je partage l’objectif d’une production indigène forte et d’une utilisation responsable de nos ressources. Mais derrière ce titre séduisant se cache une initiative déconnectée de la réalité de nos fermes.

Didier Calame
Didier Calame
conseiller national Les Planchettes (NE)

Le texte exige que la Suisse atteigne un taux d’auto-approvisionnement net d’au moins 70% en dix ans, tout en orientant davantage la production vers les denrées végétales et en imposant de nouvelles contraintes concernant les engrais et la protection des plantes. C’est contradictoire : on demande aux paysans de produire nettement plus, tout en réduisant les moyens dont ils disposent pour le faire.

La Suisse n’est pas un immense champ de céréales. Une grande partie de notre territoire agricole est constituée de prairies et de pâturages, notamment dans l’Arc jurassien et les régions de montagne. Sur ces terres, on ne cultive pas simplement du blé ou des légumes parce que Berne l’a décidé. L’élevage permet précisément de valoriser l’herbe et des surfaces qui ne peuvent pas être cultivées autrement.

La terre, ça se vit sur le terrain
Je le vis chaque jour dans mon métier : l’agriculture travaille avec la nature, le climat, le sol et la topographie. Elle ne fonctionne pas avec des objectifs théoriques fixés depuis un bureau. Nos familles paysannes sont déjà soumises à une densité énorme de prescriptions, de contrôles et de charges administratives. Cette initiative ajouterait une nouvelle couche de dirigisme et obligerait l’Etat à intervenir davantage dans les exploitations, mais aussi dans nos habitudes alimentaires.

Le paradoxe est évident : au nom de la sécurité alimentaire, cette initiative risque d’affaiblir ceux qui la garantissent. Au lieu de permettre aux paysans de remplir leur mission première – produire des aliments sains, de qualité et en quantité suffisante –, elle compliquerait leur travail et accélérerait la disparition des exploitations.

Nous avons besoin d’une agriculture suisse productive, diversifiée et adaptée aux réalités de nos régions. Nous avons besoin de paysans libres d’entreprendre et de produire, pas d’un programme étatique qui prétend décider ce qui doit pousser dans nos champs et finir dans nos assiettes.

Pour défendre une agriculture indigène forte et une véritable sécurité alimentaire, votons NON à l’initiative sur l’alimentation le 27 septembre.

Didier Calame
Didier Calame
conseiller national Les Planchettes (NE)
 
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